Comment le Hamas « talibanise » la Bande de Gaza

Depuis six ans qu’il est le maître de l’enclave palestinienne, le mouvement islamiste transforme petit à petit la bande de Gaza en une dictature intégriste.  

Le mois passé, la police de la Bande de Gaza a arrêté et rasé la tête de dizaine d’adolescents arborant des « chevelures indécentes ». (Entendez : à l’occidentale, trop longs ou hérissés). Explication : ils sont suspects d’avoir importuné des jeunes femmes « par leur allure».

Ah, ça, depuis que le mouvement islamiste Hamas s’est emparé de l’enclave palestinienne en juin 2007, l’endroit est en passe de devenir un rêve de bigot. Non d’ailleurs que Gaza ait jamais eu des mœurs débridées. En fait, sa société a toujours été conservatrice et traditionnelle.

Mais pas assez aux yeux du Hamas qui a une interprétation encore plus stricte de l’islam. Ce qui, comme chez tous les intégristes, passe surtout –mais pas seulement- par la mise au pas des femmes.

Cependant, le mouvement islamiste avance avec prudence. Avec tous les ennemis qu’il a déjà (l’OLP, les salafistes, Israël),  il ne peut pas en plus se mettre à dos sa population. Depuis six ans, il multiplie donc interdictions et obligations puis observe les réactions.

Si les gens les acceptent, il en prend d’autres. S’ils récriminent trop fort, il les retire. Pour un temps. Ainsi, dès son arrivée au pouvoir, le Hamas a-t-il  interdit la vente d’alcool. Pas de problèmes : personne n’a réagi.  

De même lorsqu’il ordonné la fermeture de cafés ou restaurants « contraires à la tradition islamique » ou qu’il a défendu aux hommes de travailler dans les salons de coiffure ou de beauté pour femmes.

Et pas davantage lorsqu’il a interdit aux femmes de fumer en public ou de monter derrière un homme sur un scooter.  Aucune réaction non plus lorsqu’il a fait saisir culottes et soutiens gorges exposés dans les magasins de sous-vêtements.

Même silence encore cette année quand il a refusé aux Palestiniennes le droit de participer au Marathon de Gaza organisé par l’UNWRA, l’agence de l’Onu pour les réfugiés palestiniens. En 2012, des étrangères avaient osé courir en short…

Par contre, lorsqu’en 2008, le Hamas a voté une loi imposant la censure des sites pornographiques sur Internet, fournisseuse d’accès et internautes ont protesté avec vigueur. Le pouvoir a abandonné l’idée. Avant de  la promulguer à nouveau en 2012.

Le voile n’est pas obligatoire mais…

De même avec la « campagne pour la vertu » lancée en 2009 par le Ministère des Affaires religieuses. La « police des mœurs » avait alors envahi les rues en réclamant le certificat de mariage des couples qui se promenaient ensemble.

Elle a aussi voulu empêcher les femmes de fumer la chicha (le narguilé) dans les cafés, coutume fort répandue là bas. Puis, elle a déferlé sur les plages, un des lieux de détente favoris des Gazaouites.

L’idée était d’imposer aux filles de plus de 14 ans de nager en se couvrant tête, bras et jambes. Hélas, les femmes qui osaient encore se baigner le faisaient déjà toute habillées… Qu’à cela ne tienne : la police a imposé aux hommes de ne plus porter de maillot mais un short et un tee-shirt…

Trop brutal, trop rapide. Devant la colère populaire, le Hamas a reculé sur ces points là aussi. Tout comme en 2010,  devant la bronca des avocates à qui le pouvoir voulait imposer le  jilbab (la robe islamique)  

On pourrait multiplier les exemples : pas de souci avec la séparation des sexes dans les écoles à partir de 9 ans (« C’est l’âge où la puberté commence, la non-mixité est donc indispensable »). Normal : la mesure était déjà appliquée depuis longtemps.

Par contre la campagne pour imposer la tenue islamique aux étudiantes de l’Université a été rapportée devant les protestations des enseignants et des jeunes filles. Le Hamas s’est contenté de réclamer des vêtements  qui « ne dévoilent pas le corps de la femme »

Mais tous ces reculs ne doivent pas faire illusion, ils ralentissent mais n’arrêtent pas la mise au pas des femmes. Le voile n’est pas obligatoire mais, pour éviter d’être harcelées par la police des mœurs, celles-ci le portent de plus en plus. Et le niqab se répand petit à petit.

Malgré leur « victoire », les avocates se voilent elles aussi. Tout comme les étudiantes. Ouvertes ou insidieuses, les pressions sont tout simplement trop fortes. Peut-on dès lors parler de « talibanisation » de Gaza ?

Ceux qui voient d’abord dans le Hamas le principal ennemi d’Israël s’y refusent en criant à la « propagande sioniste ». Sauf que, c’est un des dirigeants du Fatah, Samir Mashharawi qui l’accusait dès 2007 de vouloir  « établir un mini-État taliban dans la bande de Gaza »

C’est aussi l’avis d’une autre dirigeante de l’OLP,  l’avocate Hanane Achraoui, qui s’est toujours battue pour « donner une chance à la paix » (y compris avec le CCLJ). Non sans raison : la dictature du Hamas n’a rien à envier à celle des Talibans afghans.

Il faudrait citer le rapport 2007 d’Amnesty International* qui évoque des assassinats politiques, des détentions arbitraires et des enlèvements, la torture ou les atteintes à la liberté d’expression, de réunion et d’association…..

Ou celui du  Centre palestinien pour les droits de l’homme, basé à Gaza dont le Rapport 2009 dénonce les mêmes faits. Mais cela fera l’objet d’un autre article.

http://www.amnesty.org/en/library/asset/MDE21/020/2007/en/6609e419-d363-11dd-a329-2f46302a8cc6/mde210202007en.html

]]>