A l’initiative de La Pensée et les hommes, Chemsi Chéref-Khan organise le 22 octobre 2016 à Nivelles* un colloque sur la place de l’islam en Wallonie afin de dégager des pistes pour que les musulmans puissent y concilier islamité et citoyenneté dans la modernité.
Pourquoi avez-vous choisi de placer ce colloque dans le cadre géographique et institutionnel de la Wallonie ? Chemsi Chéref-Khan : Dans le contexte de la régionalisation accrue, les entités fédérées auront de plus en plus de compétences en matière d’organisation et de financement des cultes. La décision politique sera donc du ressort des régions. C’est la raison pour laquelle nous proposons d’étudier la problématique de l’islam et de la citoyenneté à l’échelle des entités fédérées même si le problème global concerne toute la Belgique, qu’on se situe à Bruxelles, en Flandres ou en Wallonie.
Le titre du colloque que vous organisez évoque explicitement le terme « islamité ». Ce choix est tout sauf anodin ? Ch.Ch-K. : Quand on parle de concilier islam et démocratie, cela n’a aucun sens. S’il est vrai que certains prétendent que l’islam est monolithique, on observe néanmoins qu’il est pluriel. Sur le plan institutionnel, personne ne dire ce qu’est l’islam. On voit donc des orthodoxies autoproclamés qui cherchent à imposer leurs propres conceptions de l’islam au monde entier. Nous nous inscrivons contre cette manière orthodoxe d’envisager l’islam. Nous avons donc choisi le terme islamité car il n’est pas exagéré d’affirmer qu’« il y a autant d’islams que de musulmans » ! Cela signifie concrètement que chaque musulman est libre de vivre et d’assumer son islamité selon sa conscience. En cela, il n’a de compte à rendre qu’à Dieu.
Un peu comme la judéité ? Ch.Ch-K. : Tout à fait, c’est comparable à cela car il s’agit de l’identité musulmane prise dans toute sa complexité et sa diversité. Parler de l’islam est beaucoup trop abstrait alors que l’islamité nous renvoie à la manière concrète dont les musulmans conçoivent et vivent leur identité. Pour certains, cela peut signifier faire la guerre aux infidèles en les égorgeant. Tandis que pour d’autres, il est inconcevable d’écraser une fourmi car c’est une créature de Dieu. Ce sont deux attitudes islamiques totalement opposées. Pour ce qui nous concerne en Belgique et en Wallonie, la question qui se pose est de savoir comment les musulmans assument leur rapport à l’islam dans une société démocratique où les musulmans ne sont ni les seuls ni majoritaires. Et à travers la notion de citoyenneté, nous voulons rappeler aux musulmans d’ici que leur prétention à la supériorité et à la primauté des lois islamiques sur celles de la nation est inadmissible.
Pourtant vous êtes conscient que des islamistes comme les Frères musulmans recourent sans cesse à l’expression « citoyenneté » mais qu’ils n’investissent pas ce terme de la même manière que vous ? Ch.Ch-K. : Evidemment. Je n’ignore pas que des islamistes utilisent des mots de la modernité pour nous vendre des idées archaïques et rétrogrades. Il en va de même pour des concepts aussi ineptes que laïcité ouverte ou laïcité inclusive.
Contrairement à ce que certains affirment de plus en plus fort, l’islam n’est pas incompatible avec la démocratie ? Ch.Ch-K. : À La Pensée et les Hommes, nous sommes convaincus que non seulement « penser et vivre l’islam en démocratie » est possible, mais que, en plus, cela devient de plus en plus urgent. Que concilier leur islamité avec notre citoyenneté ne se fera pas tout seul. Qu’il incombe à toutes les forces vives de la Wallonie, chacune selon ses compétences, d’y contribuer, en solidarité avec les démocrates musulmans qui, eux, devraient être les principaux porteurs du projet. Que c’est la seule voie possible pour faire des musulmans de notre pays des citoyens à part entière, plutôt que des citoyens de seconde zone, des citoyens entièrement à part, séparés du reste de la société par un communautarisme identitaire.
Participeront notamment à colloque :
Mustafa Ben Jaafar, Président de l’Assemblée conse colloque :tituante tunisienne ; Jean-Claude Marcourt, Vice-président du Gouvernement wallon ; Rachid Madrane, ministre bruxellois de l’aide à la jeunesse ; Guy Haarscher, professeur de philosophie à l’ULB ; Djemila Benhabib, écrivaine et prix de la liberté d’expression 2016 ; Hicham Abdel Gawad, professeur de religion islamique.
*Le colloque se tient le 22 octobre 2016 de 9h30 à 18h à l’Hôtel Van der Valk, chaussée de Mons 22, 1400 Nivelles.
Infos et réservations : 02/640.15.20 ou secretariat@lapenseeetleshommes.be
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