Dans le difficile contexte d’aujourd’hui, il est regrettable (c’est un euphémisme) que des gens comme M. V. Ginsburgh publient des « cartes blanches » aussi médiocres dans Le Soir
Ce n’est pas sans perplexité que l’on parcourt le début de la « Carte blanche » de Victor Ginsburgh*. Pourquoi, en ce moment précis, ce petit cours de linguistique sur les différences entre « shoah », « génocide » et « holocauste » ?
Ce n’est que bien loin dans le texte que l’on comprend où l’auteur veut en venir. D’abord, à cette précision non dénuée d’importance : en brûlant vif un Palestinien de 16 ans, « six jeunes excités juifs » ont commis un « holocauste » (et non un « génocide » ou une « shoah »)
Ensuite qu’il faut accuser de ce crime « la classe politique (comme la population juive d’ailleurs) et ses cris de vengeance » après l’assassinat de trois adolescents israéliens. Les vrais coupables ne sont donc pas les jeunes tueurs mais les dirigeants israéliens et les Juifs.
Après une telle démonstration, comment ne pas proposer à M. Ginsburgh trois mots sur lesquels il pourrait exercer ses talents en étymologie : « confusion », « généralisation » et « omission »
« Confusion » : Que ce début où se mêlent les bombardements actuels de Gaza, les Juifs de l’Antiquité, la « nakba » palestinienne, les Juifs d’aujourd’hui, les Kurdes ou les Rwandais. Confusion surtout entre Israéliens et Juifs, un bien détestable amalgame, qu’utilisent surtout les ignorants ou les antisémites.
Quitte à vouloir informer les lecteurs, M. Ginsburgh n’aurait-il pu leur expliquer que tous les Israéliens ne sont pas juifs (certains sont musulmans, druzes ou chrétiens) ? Et que tous les Juifs ne sont pas israéliens : la majorité d’entre eux vivent hors de cet Etat en bons citoyens de leurs pays respectifs.
« Généralisation » : Comment quelqu’un qui prétend penser sur ce sujet complexe peut-il pratiquer des généralisations aussi simplistes sur les Israéliens ? Comme tous les peuples, (y compris les Palestiniens), leurs opinions politiques couvrent la totalité de l’échiquier politique.
S’il y a effectivement eu des déclarations d’une extrême-droite bien trop présente dans le pays, y compris au gouvernement, on a aussi entendu et vu nombre d’Israéliens appeler au chagrin sans vengeance après le meurtre des trois adolescents juifs.
De la même façon, les Juifs, de Belgique ou d’ailleurs, sont loin d’être unanimes sur quelque sujet que ce soit. Ainsi, le Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind est-il aux côtés du peuple d’Israël dans les épreuves qu’il traverse en ce moment mais contre la politique suicidaire de colonisation de son gouvernement actuel incapable de trouver une solution politique au conflit.
D’autre Juifs sont plus à droite ou plus à gauche. Certains sont plus ultras que les durs israéliens eux-mêmes, d’autre aussi antisionistes que les partisans du Hamas. M. Ginsburgh ignore-t-il tout cela ou le néglige-t-il pour le bénéfice de sa démonstration ?
« Omission »: que d’oublis dans cette « Carte blanche » ! Plutôt que de gloser sur les racines grecques du mot « holocauste », l’auteur n’aurait-il pu dire quelques mots sur la vague d’indignation qui a secoué l’ensemble de la population israélienne après le meurtre abject du jeune Mohammed Abou Khdeir ?
Ou signaler, ne fut-ce qu’au passage, la condamnation unanime de la classe politique israélienne pour ce meurtre, y compris des plus hauts personnages de l’Etat ? Et celle, tout aussi générale, des Juifs, pour une fois unis ?
En vérité, M. Ginsburgh a commis là un bien triste texte. Et, dans le contexte actuel, alors que l’antisémitisme tente, une fois encore, de sortir des égouts de notre société, c’est comme disait Fouché, « pire qu’un crime, une faute ».
*Le Soir du 17 juillet 2014
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