Convention nationale du Crif : bilan et inquiétudes

Pour la deuxième année consécutive se tenait, dimanche 13 janvier, à Paris, la convention nationale du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), équivalent du CCOJB en Belgique.

Moment de réflexion collégiale autour des questions qui interrogent et inquiètent la communauté juive française, l’édition 2013 se proposait de réfléchir aux différents moyens de « combattre la menace antisémite ». Pour ce faire, plusieurs dizaines d’intellectuels, politiciens, journalistes et autres dirigeants communautaires se répartirent la parole au cours de diverses tables rondes.

Outre le coup de sang d’une Elisabeth Lévy dénonçant le manque de voix divergentes lorsqu’il s’agit d’évoquer, au sein de la communauté juive de France, la situation politique israélienne, le point d’orgue de cette journée de débat fut sans aucun doute le dialogue entre Gilles Bernheim (Grand Rabbin de France) et Alain Finkielkraut, animé par la journaliste Virginie Guedj-Bellaïche.

Du constat de l’antisémitisme au combat contre ce mal rongeant la société française, les deux intellectuels ont proposé une réflexion large, à même de guider l’action future d’un Crif en mutation. Soulignant combien « il importe que l’histoire des Juifs de France ne se réduise pas à l’antisémitisme », Gilles Bernheim, plein de justesse, n’a cessé de rappeler la nécessité d’un débat sur la question de l’antisémitisme ouvert à toutes les composantes de la société française. En ligne de mire du Grand Rabbin de France, le renfermement autarcique d’une partie de la communauté juive ayant abandonné le projet de parler au monde, ainsi que l’inaction de responsables politiques tardant à s’emparer d’une situation inquiétante. En réponse, le philosophe Alain Finkielkraut prônait, lui, le recours à l’éducation -une de ses marottes-, ainsi que l’aide à apporter aux professeurs qui, dans certains cas, ne peuvent aborder librement l’enseignement de pans entiers des programmes d’Histoire. « Aujourd’hui, l’enseignementest devenu un sport de combat », affirme ainsi l’auteur du Juif imaginaire; des propos qui émurent, évidemment, l’assistance. Après une digression sur le judaïsme et la nature, les deux penseurs revinrent à la nécessité d’approfondir le dialogue interreligieux.

La journée de débat fut finalement clôturée par un Richard Prasquier, président du Crif, étonnamment malhabile. Dans un discours penchant clairement du côté de la droite juive et de ses errements (voir en Mohammed Merah un antisémite, peut-être pas raciste, citer le site internet JSS, plus propagandiste que journaliste), ce dernier laissait voir ce qui se profile à l’horizon pour les Juifs de France : la mutation. Loin de l’ancienne figure de l’israélite, les Juifs de France ont changé. Ils agissent dans le domaine public avec moins de retenue et finiront, logiquement, par se choisir des dirigeants communautaires les conduisant vers moins d’intelligence. Charge à la nouvelle garde de tenter d’inverser la tendance…

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