Ouèèèè ! Ça a été dur, mais ça y est ! On est en 8e de finale ! Allez, les Diables ! En tant que Belge, que du bonheur. En tant que Juif, c’est plus nuancé, dira-t-on.
Israël n’est pas présent au Brésil et la dernière fois qu’il a participé à une Coupe du Monde, c’était jamais. Telle est la triste vérité, même si des sites de la droite dure (alyaexpress-news.com) arrivent tout de même à titrer : « Israël, vainqueur de la Coupe du monde ». Ou qu’un autre, plus sérieux (fr.timesofisrael.com), recense les côtés juifs dans la compétition : l’entraîneur de l’équipe de Colombie est des nôtres, comme la mère adoptive du joueur italien Mario Balotelli. Et le génialissime Lionel Messi est « philosémite ».
On se sent directement mieux, mais enfin, il y encore loin de la Coupe aux lèvres. Soyons clairs : le foot n’est pas trop un truc juif, même si le premier match de qualification pour la Coupe du monde a eu lieu en 1934, à l’époque de la Palestine britannique (battue 7-1 par l’Egypte…).
Depuis, même s’il y a de bonnes équipes locales (Maccabi-Tel-Aviv, Betar-Jérusalem…), rien ou presque au niveau international. Et peu d’espoir, côté filles : les Israéliennes se sont fait écraser 9-0 par les Suissesses pas plus tard que le 16 juin.
Côté diaspora, cela ne va pas fort non plus : à vue de nez (hum), le seul qu’on repère, c’est David Beckham qui se dit « à demi-Juif » parce que son grand-père maternel l’était. Pour nous, c’est OK, mais il vaudrait mieux qu’il n’en discute pas avec un rabbin orthodoxe…
Non, si on veut frimer, mieux vaut loucher ailleurs. Côté Prix Nobel, par exemple. Rien de neuf : les exploits sportifs sont rares dans la Bible. Sorti du championnat de lutte entre Jacob et l’Ange ou les exploits de Samson en poids et haltères, personne.
Par la suite, les rabbins qui ont longtemps dirigé le judaïsme privilégiaient plutôt l’étude et l’entretien de l’esprit que le sport. Normal, ils avaient été marqués par leur lutte contre l’hellénisme. C’est que les Grecs étaient centrés sur l’être humain. Ils glorifiaient le corps, la nudité, les prouesses athlétiques et la liberté sexuelle. Traumatisant pour des Juifs pieux qui mettaient Dieu au centre de l’Univers et étaient plutôt du genre pudibonds.
Le « judaïsme du muscle »
Cela ne s’est guère amélioré depuis, même si, au 12e siècle, Maimonide soulignait « le rôle bénéfique des exercices physiques dans l’équilibre de l’organisme ». De nos jours, le rabbinat n’admet le sport que s’il aide à être en bonne santé et donc à mieux servir Dieu.
Reste que la domination rabbinique fut ébranlée au 19e par de nouvelles idéologies. Communistes, bundistes et sionistes mirent alors à l’honneur le sport en tant que discipline de vie. C’est ce qu’expliqua Max Nordau, un des grands fondateurs du sionisme avec Herzl, au 2e Congrès sioniste de Bâle (1898) : « Nous devons aspirer à créer de nouveau un “judaïsme du muscle” (…) Nous devons élever une jeunesse agile, souple et musclée à l’image de nos ancêtres, les Maccabées ». Et cela marcha.
Dès le début du 20e siècle, une multitude de clubs sportifs juifs se créèrent. Et d’innombrables athlètes juifs et israéliens s’illustrèrent dans nombre de disciplines.
Mais cela n’empêche pas que le sport n’est toujours pas une priorité dans l’inconscient collectif juif (si une telle chose existe). Rares sont encore les familles qui « programment » leur enfant, même surdoué, à devenir champion dans une discipline.
C’est comme ça. La tête plutôt que les jambes. Ce qui n’empêche pas les questions existentielles : pour qui vibrera-t-on lors du match de qualification pour le Championnat d’Europe 2016 qui opposera la Belgique et Israël-Belgique, début septembre ?
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