Dans Cupcakes, Eytan Fox, le réalisateur de Yossi, Tu marcheras sur l’eau et The Bubble, s’affranchit gay-ment du regard de la société. Déjanté, débordant de couleurs, ce film musical sur l’amitié, le défi et les relations amoureuses invite chacun à gagner en authenticité.
Cupcakes, ou Bananot en hébreu, en met plein la vue et les oreilles. Alors voilà, l’histoire, elle est tellement kitch qu’on se demande s’il faut la prendre au sérieux. Elle est improbable, décalée, amusante, style sitcom, bon, on y va. Six voisins d’univers très différents -l’assistante, bridée par son père, d’une exubérante ministre de la Culture; une confectionneuse de cupcakes larguée par son mari; un instituteur homosexuel qui ne manque pas de se travestir pour les spectacles en classe; une bloggeuse à lunettes qui rêve d’aventures et d’un jeune homme sur Internet; une musicienne lesbienne, très bien accompagnée, en mal de reconnaissance artistique; et une ex-miss Israël qui sort avec le trop craquant Lior Ashkenazi- tout le monde se retrouve chez Ofer, l’instit, pour regarder « Universong », soit le concours de l’Eurovision, autour de cupcakes joufflus aux couleurs flashy des pays participants. Face au gros chagrin de la pâtissière, la musicienne s’empare de sa guitare et lui dédicace une chanson de réconfort. Tous la terminent en chœur. Ofer l’enregistre sur son téléphone et la fait écouter à son copain, super-beau-gars-qui-pour-des-raisons-familiales-et-commerciales-ne-peut-révéler-son-homosexualité. Ce dernier charrie Ofer en lui disant qu’il pourrait présenter cette chanson à « Universong », et, chose incroyable il y a justement un appel à candi-datures pour l’année suivante. Ofer envoie l’enregistrement, et comme c’est une fiction, ils sont sélectionnés. C’est par les moqueries de leurs entourages respectifs que les cinq femmes apprendront, incrédules, furieuses et contrariées, leur sélection.
Des messages sous la crème
Eytan Fox dépeint ici joliment le dilemme de chacune à s’exposer, à oser et à se confronter à son image, une représentation que l’on construit quand même toute sa vie. Sont ici mis en lumière la peur du ridicule, l’envie intime, le défi kitch et amusant, néanmoins sanctionné par le terrible jugement social. Ce questionnement que chacun se livre constitue de très beaux moments d’affirmation et de libération du qu’en-dira-t-on. On ne peut s’empêcher de penser à une allusion aux « coming out » et à tout ce que la révélation d’une homosexualité -thème central de l’œuvre d’Eytan Fox- peut susciter. Bref, le groupe sélectionné par le public israélien s’engage ensuite dans les préparatifs du concours. Démonstration à l’appui, le réalisateur s’amuse à dépeindre la réduction d’un projet spontané en produit commercial abrutissant, comment la machine à broyer enferme les gens psychologiquement, les coince financièrement. Ferrés, récupérés par une brochette d’impresario véreux, de chargée de communication, de chorégraphe sirupeux, etc., sur le point d’être sponsorisés par les parents du compagnon d’Ofer qui exigent en contrepartie la discrétion absolue sur leur relation, l’une d’entre eux décidera de casser sa cagnotte pour payer le prix de leur liberté, offrir à ce projet une certaine authenticité et surtout à ses contributeurs le luxe d’être eux-mêmes. Et voilà le groupe Anat Ofah en route vers la Ville lumière où se déroule l’événement, Paris, qu’ils découvrent voluptueusement à travers des lunettes colorées aux couleurs de l’arc-en-ciel…
Evoluant chacun dans leur parcours sentimental, les interprètes inexpérimentés goûtent encore un peu aux affres du showbiz… Mais ils savent se défendre ! Edouard Baer apparaît ici en présentateur incarnant, à son habitude, le rôle du séducteur-jet-setter invétéré. Sans tout dévoiler, le groupe se fera positivement remarquer au concours. Quant à la fin du film, mâtinée de l’incontournable chanson gagnante de l’Eurovision en 1979 Alleluyah, elle rayonne dans un happy end artistique et sentimental quelque peu tiré par
les cheveux.
Il nous est cependant dit, sur ces images débordantes de couleurs et de musique rekitch, que l’amour que chacun a trouvé ici le relie à son sourire spontané d’enfant, un sourire qui devient, dès cinq ans déjà, grimace sociale. Seule l’authenticité nous remettant en contact avec ce bonheur non simulé… A noter, les personnages du film portent leur vrai prénom.
A voir à Paris, éventuellement à Bruxelles et bientôt en DVD.
]]>