De Bruxelles à Anvers, en Hollande comme en France, les prix et les expos s’enchainent pour ce photographe aussi attachant qu’atypique. Plongée dans le monde de Dan Zollmann ou la communauté juive vue de l’intérieur.
C’est en accompagnant un voyage en Ecosse organisé par le CCLJ, il y a quelques années, que Dan Zollmann a révélé des atouts qu’il cachait peut-être sans le savoir. Ayant étudié la peinture et la photographie à l’Académie de Hoboken (Anvers), plus habitué aux photos d’architecture, il profite de l’occasion pour s’essayer aux portraits et photos d’ambiance au sein du groupe. Quelques jours après son retour, il rassemble ses œuvres dans de petits carnets qu’il s’apprête à distribuer aux participants… mais peu d’entre eux sont au rendez-vous, ignorant visiblement ce qu’ils perdent. Du voyage, elle aussi, Solange Goldwasser a détecté la perle et ne compte pas la laisser s’échapper. « Nous lui avons proposé d’illustrer le calendrier de notre société, qui fêtait ses 25 ans, en lui demandant de photographier la communauté juive d’Anvers », raconte-t-elle. Dan Zollmann s’en souvient : « Je suis allé les voir. Ils craignaient au départ que je rentre trop dans leur vie privée. Ils ont finalement accepté en me demandant juste de porter une kippa, de ne pas faire de photos le samedi, et de mettre leur communauté en valeur ».
Un religieux attendant avec sa valise sur le quai de la gare, aux accents Delvaux, deux hassidim portant le schtreimel se croisant sous un pont à vélo, un autre tirant un traineau dans le parc d’Anvers maculé de neige, façon Bruegel… « Il y a une manière de peintre dans sa façon de photographier, ce n’est pas pour rien que certains ont qualifié ses clichés de petits Vermeer », souligne Solange Goldwasser, qui le guide aujourd’hui encore dans ses projets. « Outre ses jeux de lumière très personnels, on trouve dans les photos de Dan Zollmann beaucoup d’amour, d’humour et de tendresse qui ont apporté à la communauté juive d’Anvers une touche particulière, avec un regard de l’intérieur, sans prise de pouvoir ni jugement », souligne-t-elle.
Dan Zollmann, c’est vrai, a le contact facile et spontané, ce qui rend les choses naturelles et lui permet de pénétrer dans des milieux peu accessibles, les magasins de la communauté, les écoles, les synagogues, le coiffeur, le bouquiniste. Les protagonistes de ses photos ne lui refusent rien, pas même d’être immortalisés dans des scènes parfois plus intimes, comme l’illustre Après la prière, Objectif d’Or au concours Canvas de Knokke-Heist.
Les photos du calendrier de Goldwasser Exchange feront l’objet d’une exposition au Musée juif de Belgique en 2006, après quoi les succès s’enchainent pour Dan Zollmann qui remporte l’année suivante le premier prix d’un con-cours de photos à Anvers, devant 30 photographes. Un de ses clichés pris au Carnaval d’Alost, reflet de l’antisémitisme ambiant, fera en 2009 la couverture de Regards (« Au nom de l’humour – La Flandre dérape », n°685). La même année, la célèbre Galerie Fifty One à Anvers le sélectionne pour photographier la ville pendant deux ans, avant une nouvelle exposition au Musée de la photographie. Il sera une fois encore mis à l’honneur par le Musée juif de Belgique aux côtés cette fois de Dahlia Nosratabadi et de Stephen Feldmann dans le cadre de l’été de la photographie en 2012.
Né à Louvain dans un milieu traditionaliste, cadet d’une fratrie de trois garçons, Dan Zollmann a commencé à exercer son talent sur le tard. Cela ne l’a pas empêché de rapidement se forger une renommée au-delà des frontières. « J’étais là au bon moment », répond-il amusé, lorsqu’on lui demande comment il parvient à capter ces instants aussi fugaces qu’insolites. Sans pouvoir expliquer que ce qui fait la différence est probablement sa différence, laquelle nous fait voir la communauté religieuse sous un autre visage. Au contraste entre la modernité de la ville d’Anvers et la tradition de la communauté juive, Dan Zollmann ajoute poésie, humour, et beaucoup d’intuition.
Depuis le 16 septembre et jusqu’au 5 mai 2014 (www.jhm.nl), il expose ses œuvres au Musée juif d’Amsterdam, aux côtés d’une reproduction de l’exposition « Hassidim » de Jérusalem. En septembre prochain, il présentera ses clichés au MAS d’Anvers dans le cadre d’une exposition consacrée aux religions, tandis qu’une autre sélection de ses œuvres partira pour le Museum Sjoel Elburg, aux Pays-Bas, jusqu’en février 2015, avant d’être accueillie par un Couvent de carmélites, dans le nord du pays.
N’hésitant pas à se faire inviter chez des particuliers pour photographier Pourim dans les communautés Satmar et Belz, la fabrication des matzot ou la cashérisation de Pessah, se mêlant à des événements plus privés comme une brith mila ou un enterrement au cimetière juif de Putte, Dan Zollmann a fait de la communauté orthodoxe son sujet de prédilection. Il semble toutefois avoir bien d’autres ressorts et nous étonnera donc certainement encore.
Dan Zollmann, Hassidim, livre de photos aux éditions Michel Husson, 2011
Voir le documentaire d’Olivier Hottois, avec Dan Zollmann dans les rues d’Anvers.
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