David Charlier « DaarDaar », pour mieux comprendre nos voisins

Le meilleur de la presse néerlandophone désormais accessible en français grâce à un simple clic ou presque, tel est l’engagement de DaarDaar.be fraichement lancé en mai dernier. En tête du trio, David Charlier, un amoureux de la Belgique, mais qui ne se gêne pas pour la critiquer. « C’est cela être patriote ! », affirme-t-il.

« DaarDaar », il suffisait d’y penser. Mais c’est David Charlier qui a osé le créer. David est né à Liège il y a 27 ans. Depuis toujours attiré par la culture germanique, aujourd’hui bilingue français-néerlandais, le jeune homme n’est en réalité bruxellois que depuis six ans. Scolarisé à l’Athénée royal Charles Rogier Liège 1, il suivra une année en Angleterre après ses études, avant de fréquenter l’ULB où il obtient un Bachelier en Science politiques. Il décide ensuite de passer deux ans dans la communication au Canada, « ma Terre promise à moi », sourit-il. C’est à son retour qu’il retrouve Vincent Laborderie, un Français établi en Belgique depuis une dizaine d’années, avec lequel il s’était déjà étonné qu’aucun média en Belgique ne relie le Nord et le Sud du pays. Dix ans plus tard, constatant que rien n’a changé, les deux hommes s’attèlent eux-mêmes à la tâche. « J’ai toujours été intéressé de savoir ce qui se passait ailleurs », explique David Charlier. « Ayant grandi à Liège, j’ignorais la réalité même du Limbourg, pourtant à une grosse demi-heure de chez moi, juste pour une question de langue. On ne peut pas comprendre la Belgique en ne connaissant qu’une partie de la réalité ».

David Charlier a toujours défendu l’unité de son pays. Dès la 4e secondaire, il lance son blog Belgium4ever en donnant son opinion sur l’actualité, « avec une certaine naïveté peut-être », admet-il, tentant de déconstruire les fausses évidences, en s’inspirant de discussions et débats avec ses amis.

Fréquentant l’Hashomer Hatzaïr de Liège jusqu’à ses 17 ans, il poursuit son engagement en participant à la création en 2010 du Cercle judéo-musulman pour l’amitié et le dialogue qui vivra pendant cinq ans à l’ULB. « On faisait se rencontrer des Juifs et des musulmans de Bruxelles grâce à des soirées, des projections de films… », précise David Charlier. « C’était intéressant et utile, même si tout était malheureusement à recommencer dès qu’il y avait des tensions en Israël. Mon objectif était déjà de détruire des frontières principalement dues à des problèmes de communication ». C’est aussi ce qui motivera le lancement de DaarDaar : faciliter la compréhension de la Flandre « en donnant accès à cette partie du pays qu’on ne connait pas et qui a élu Bart De Wever », souligne David Charlier, qui continue de militer pour une Belgique unie au sein de l’asbl B+, « pour un fédéralisme plus efficace ». « Le fait qu’une partie de ma famille vient de Pologne et que je suis juif m’a probablement guidé dans ma conception de l’identité. Je suis un fervent anti-nationaliste, et je suis convaincu qu’on peut aimer son pays sans avoir peur de le critiquer, comme avec son meilleur ami ».

Pas de cordon sanitaire

A ses quelque 1.000 visiteurs par jour, le nouveau site DaarDaar.be, toujours en phase test, propose actuellement la traduction en français d’un article de presse chaque jour, parmi un éventail de journaux reflétant toute la diversité de la Flandre. « Nous avons déjà une série d’accords concrets avec une quinzaine de journaux flamands pour obtenir gratuitement un article par semaine ou leurs éditoriaux, ainsi que des accords de principe avec les autres journaux lorsqu’on sera en mesure de pouvoir leur payer les copyrights », précise David Charlier. « Cela va du Morgen au Laatste Nieuws, en passant par le Doorbraak, journal des nationalistes flamands, De Wereld Morgen, proche du monde syndical, ou encore De Witte Raaf, spécialisé en art contemporain ! Le but n’est pas de concurrencer la presse francophone, mais de publier des articles originaux de l’ensemble des médias flamands qui n’ont pas encore été traités chez nous, avec un souci d’équilibre entre les publications retenues, locales et nationales, nationalistes et universalistes. Sans cordon sanitaire », insiste David Charlier. « Nous ne voulons pas cacher à nos lecteurs l’existence de ce courant conservateur de droite très dur ».

A un rythme moins soutenu, Belgium4ever poursuit lui aussi son chemin. David Charlier y titrait récemment « 5 raisons pour lesquelles je continuerai de manger du Sirop de Liège “Halal” », après « Avoir honte de ses élus #GénocidedesArméniens #RBC » ou encore « L’Alyah expliquée à mes potes pas Juifs (tentative) », on ne peut plus d’actualité.

L’équipe de Daardaar compte désormais de son côté 8 bénévoles, travaillant avec une trentaine de traducteurs professionnels, gage de qualité. Avec l’ambition de proposer à terme 3 à 4 articles par jour, le site lancera prochainement une campagne d’appel aux dons pour assurer la viabilité du projet. Tandis que David Charlier rêve déjà de traduire en néerlandais le meilleur de la presse francophone… « Nous avons obtenu les accords de principe du Soir, de La Libre Belgique, de  Sud Presse. Peut-être que DaarDaar inspirera d’autres pays d’Europe. Cela permettra de regarder le monde avec plus de nuances… ».

Plus d’infos

http://daardaar.be (également sur Facebook).
L’accès aux articles est pour l’instant gratuit.

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