Un homme entra un jour dans son atelier. C’était un certain Monsieur Ego. « J’aimerais que vous me confectionniez un costume ». David prit donc les mesures de ses épaules, de son torse, de sa taille, de ses jambes et de ses bras. Aussitôt que l’homme s’en alla, il se tourna vers sa machine à coudre.
Monsieur Ego revint quelques jours plus tard essayer le costume. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise et surtout celle de David de voir qu’il lui était impossible d’enfiler ni la veste, ni le pantalon. « Je ne comprends pas » dit David très ennuyé. « C’est bien la première fois que cela m’arrive ».
Il reprit donc les mesures de Monsieur Ego. Il avait grossi et grandi. Dès que l’homme s’en alla, David se remit au travail. L’homme revint quelques jours plus tard. Et quelle ne fut pas, cette fois, la stupéfaction de David de voir les coutures craquer lorsque Monsieur Ego essaya d’enfiler le pantalon. De même pour la veste. Monsieur Ego se mit alors en colère : « Si la prochaine fois, vous ne m’avez pas confectionné un costume à ma taille, il en sera fini de votre réputation ! ». David, tout confus, reprit les mesures et, de nouveau, il constata qu’elles étaient plus grandes encore que la fois précédente. Il décida de percer ce mystère.
Il se mit à suivre Monsieur Ego dans la ville. Partout où il allait, les gens le saluaient bien bas. D’autres accouraient pour lui baiser la main. Soudain, David le vit monter sur une scène devant des milliers de gens. Monsieur Ego saisit un micro et sa voix sortit de dizaines de haut-parleurs : « Si vous me choisissez comme président, c’est parce que vous avez voulu le meilleur pour votre pays, et c’est parce que JE suis le meilleur ». « “Bravo !”, crièrent les milliers de personnes réunies en brandissant des banderoles avec sa photo.
« Ego, Président !, Ego, Président ! », scandèrent les gens emportés par leur enthousiasme. Un avion passa dans le ciel dessinant une phrase dans l’azur « Ego, notre futur président, nous t’aimons ! ».
« Ego, Président !, Ego, Président ! », scandèrent les gens emportés par leur enthousiasme. Un avion passa dans le ciel dessinant une phrase dans l’azur « Ego, notre futur président, nous t’aimons ! ».
Monsieur Ego descendit de scène, accueilli par les journalistes et les caméras de télévision. Il fut surpris de voir David, le tailleur, s’approcher de lui, avec un mètre-ruban autour du cou. « Bravo pour votre performance, Monsieur Ego », lui dit David. « Est-ce que vous permettez que je reprenne une dernière fois vos mesures ? ».
« Faites vite ! Le public est encore chaud. Il m’aime et attend que je revienne lui parler », lui répondit Monsieur Ego qui regardait, en tirant sur un cigare, cette foule qui l’acclamait. David mesura l’envergure du cou. Puis le ventre, les jambes et les chevilles. Tout avait doublé de volume ! Monsieur Ego remonta sur scène et se remit à haranguer la foule qui l’acclamait. Plus on l’applaudissait, plus son corps grandissait et grossissait et… ce qui devait arriver arriva. Son pantalon craqua, tomba par terre et il se retrouva bientôt tout nu sur scène.
Le peuple s’arrêta de l’applaudir et de l’acclamer et on se mit plutôt à lui envoyer des chaussures. Monsieur Ego disparut de la scène tout nu et tout honteux et on ne le revit plus jamais.
Quant à David, le tailleur aux doigts d’or, il continua à confectionner des vêtements mais en prenant depuis ce jour-là, avec son mètre-ruban, les mesures de ses clients, deux fois au lieu d’une.
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