Les caricatures publiées par Charlie Hebdo ont suscité de nombreuses réactions. Le débat porte essentiellement sur la liberté d’expression et la critique des religions. On se focalise à juste titre sur l’islam. Mais comment se positionne-t-on au sein du judaïsme sur cette question ? Le Rabbin Meyer nous ouvre quelques pistes.
Le judaïsme accepte-t-il qu’on caricature Dieu ou les prophètes ? David Meyer : Il faut avant tout rappeler un élément fondamental : le judaïsme a une aversion pour l’image. Elle n’encourage pas à la réflexion et ne suscite que des réactions émotionnelles et intuitives. C’est la raison pour laquelle, le judaïsme privilégie l’écrit et c’est de cette manière qu’on peut porter la critique.
Cela signifie-t-il que la satire, même virulente et corrosive, de la religion soit interdite ? D. Meyer : Non. On peut critiquer et même satiriquement Dieu ou les prophètes, mais il vaut mieux à travers l’écrit. Ainsi, dans le Talmud, on trouve des Midrashim (commentaires) extrêmement critiques sur l’attitude des prophètes. Même dans la Bible, certains passages n’épargnent pas les patriarches. Ainsi, le beau-père de Moïse, Jethro, s’attaque ouvertement à son gendre en jugeant sa conduite inacceptable et lamentable. Or, Jethro n’est pas un Hébreu. C’est un prêtre madianite païen ! Lorsqu’on pense à ce qui passe aujourd’hui avec les caricatures de Charlie Hebdo ou le film sur Mahomet, l’exemple de Jethro doit nous permettre de prendre du recul par rapport à ces incidents.
Mais en dehors de ces exemples propres au monde religieux juif, peut-on tourner Dieu en dérision ? D. Meyer : Oui et les exemples sont nombreux, mais à nouveau ils sont formulés sous forme d’écrits. Ainsi, des idéologues sionistes du 19e siècle ne se sont jamais privés de critiquer le judaïsme en le présentant sous des aspects ridicules et peu amènes. Dans un autre registre, des textes très durs ont été publiés à travers les siècles par des intellectuels et des penseurs juifs pour critiquer sévèrement un Dieu qu’ils considèrent injuste et cruel. Ils se demandent souvent comment Dieu abandonne son peuple alors qu’il est en train de se faire massacrer ou exterminer. Personne n’a jamais appeler aux meurtre des auteurs de ces textes. C’est pourquoi je demeure convaincu qu’il vaut mieux faire passer des messages très critiques, non pas par le biais de caricatures, mais plutôt à travers des écrits qui ont le mérite de susciter la réflexion.
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