L’identification juive à Israël revêt des formes multiples, même si pour certains, tant en Israël qu’en diaspora, elle suppose nécessairement un soutien inconditionnel à la politique du gouvernement israélien, quel qu’il soit.
Cette manière dogmatique d’aborder le lien entre Juifs de diaspora et Israël se traduit par l’antienne désormais connue : les Juifs de diaspora n’ont pas le droit de critiquer le gouvernement israélien. S’ils veulent le faire, ils n’ont qu’à vivre en Israël, payer l’impôt du sang, …
La participation d’Ami Ayalon et Shaul Arieli, deux anciens officiers supérieurs de Tsahal, à la conférence organisée le 19 juin dernier par JCall et le CCLJ sur la nécessité de mettre en œuvre la solution des deux Etats pour garantir l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique fut l’occasion pour les tenants du soutien inconditionnel de scander leur antienne habituelle, mais aussi pour les plus virulents de déverser un torrent d’insultes alors que la conférence n’avait pas encore commencé et qu’ils ignoraient donc les propos qu’Ami Ayalon et Shaul Arieli tiendraient ! Ces deux anciens officiers aux états de service prestigieux étaient traités d’incompétents et de traitres. Les membres et les sympathisants de JCall et du CCLJ étaient désignés comme ennemis d’Israël et placés sur le même plan que les militants pro-palestiniens les plus anti-israéliens. On pourrait bien sûr rire d’une telle bêtise qui ne prêterait guère à conséquence si l’on ne voyait aujourd’hui le climat délétère que la droite et les nationalistes religieux israéliens suscitent par leur volonté d’étouffer toute voix critique en Israël et en diaspora.
Ces soutiens inconditionnels à la politique du gouvernement israélien ne semblent pas mesurer l’incongruité de leurs amalgames. N’hésitent-ils pas à traîner dans la boue un colonel de Tsahal (Arieli) ayant commandé la zone Nord de la Bande Gaza et pris la tête de la première compagnie israélienne entrée dans Beyrouth en 1982, ainsi qu’un contre-amiral (Ayalon) ayant participé à toutes les guerres d’Israël depuis 1967 et dirigé le Shin Beth (services de sécurité intérieure) entre 1996 et 2000 ? Sans avoir pris connaissance de ces insultes et ces injonctions au soutien inconditionnel, Shaul Arieli et Ami Ayalon en ont profité pour recommander aux Juifs de diaspora de ne pas rester silencieux s’ils ont des critiques à adresser à Israël. « Vous avez le droit, mais aussi le devoir de nous dire ouvertement ce que vous pensez de nous, Israéliens », a déclaré Ami Ayalon. « Vous nous comprenez mieux que quiconque. Vous êtes d’ailleurs les seuls à pouvoir nous comprendre. Vous appartenez au peuple juif, vous soutenez l’existence d’Israël que vous aimez. Vous devez donc nous dire que nous commettons des erreurs. En hébreu, nous disons “Kol Yisrael Arevim Zeh Bazeh”, ce qui signifie que tous les Juifs sont garants les uns des autres. Même ceux qui ne se sentent pas solidaires des Israéliens se verront rappeler par leurs concitoyens non juifs que les Juifs sont garants des Israéliens et coresponsables de ce qu’ils font, que cela leur plaise ou non. Voilà pourquoi vous ne pouvez taire vos critiques ».
Ce discours responsable n’est pas nouveau. D’autres Israéliens avaient déjà indiqué que les Juifs de diaspora ont le devoir de s’exprimer. Ainsi, Abba Eban, ministre des Affaires étrangères d’Israël entre 1966 et 1974, avait déclaré à Bruxelles en 1987 qu’un « Juif qui refuse de critiquer Israël est un Juif tout à fait inutile ». Non sans humour, cet ancien chef de la diplomatie israélienne avait insisté à cette occasion sur le caractère quasi familial que revêt le rapport entre Israël et la Diaspora : « Nous, Israéliens, nous n’avons pas besoin d’une mère juive pour approuver tous nos propos et tous nos actes. Chacun doit apporter sa contribution intellectuelle au dialogue juif ».
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