On peut s’en désoler ou même s’en moquer mais finalement les dates anniversaires ont du bon. Les célébrations incitent au dépassement de soi, obligent au retour aux sources. Prenez le jubilé du CCLJ : au terme d’une année, entre toutes, exceptionnelle, nous avons retrouvé à travers J Call la place qui fut longtemps la nôtre : celle d’une organisation tout à la fois centrale et dérangeante, bref fidèle à ses principes au risque de déplaire… Car pour déplaire, l’Appel à la raison a déplu… Pour les populistes et autres ultra-sionistes, le CCLJ est aussitôt redevenu l’organisation pestiférée de jadis, une sorte de cinquième colonne au service des pires ennemis d’Israël (Baudouin Loos). Il va sans dire que notre Appel à la raison a tout autant suscité les plus vifs émois au sein de la gauche antisioniste et ce, pour stigmatiser aussi bien les élites arabes qu’israéliennes dans le blocage de paix au Moyen-Orient. C’est bien simple pour nos amis gauchistes, les Arabes n’ont pas la moindre part de responsabilité dans la tragédie israélo-palestinienne. La Dhimmitude passée des Juifs en Terre d’islam, les amitiés nazies du grand Mufti, le refus arabe du plan de partage de 1947, l’invasion simultanée du jeune Etat juif dès le 15 mai 1948, les roquettes du Hamas sont autant de faits occultés, ignorés, niés… Pire encore, ces camarades en sont encore à rêver d’un Etat binational, comme si l’expérience historique du monde arabe (un espace désormais monochrome) et de notre malheureuse Belgique ne démontrait pas la pertinence du modèle sioniste. Les accents maccarthystes des uns ont bien fait écho aux remugles staliniens des autres…
C’est bien connu : la passion tue la raison ! J’en veux pour preuve les dérives antisémites lors d’une récente manifestation contre Dexia, le 12 mai dernier. Imaginez la scène : des clowns sanguinolents, censés représenter d’improbables Israéliens, scandant à tue-tête : « Tous les jours, on voudrait plus d’argent et plus de sang », tout cela en buvant des verres de (supposé) sang. Ne devrait-on pas expliquer aux responsables des 75 ONG organisatrices qu’associer les (seuls) Israéliens au règne du sang et de l’argent est une resucée de l’antisémitisme chrétien classique. Sans s’en rendre compte, nos droits-de-l’hommistes ont ressuscité les thèmes du Juif déicide (le sang du Christ contre les 30 deniers de Juda) et du Juif vampire, cher aux Nazis. Tout comme hier à Nivelles, on a assisté une nouvelle fois au grand retour du refoulé antisémite. Ne devrait-on pas songer à former les leaders antisionistes à l’anti-antisémitisme ?
On a beau dire qu’il ne saurait être question de confondre antisémitisme et antisionisme, la vérité est souvent bien plus prosaïque. Le hasard a fait que j’ai été amené à comparaître, au titre d’historien du racisme, au procès d’une ancienne juge luxembourgeoise, accusée d’incitation à la haine raciale. Dans une carte blanche, celle-ci s’en était prise non seulement aux membres de la communauté juive luxembourgeoise, collectivement coupables de soutien à l’Etat d’Israël, mais avait encore identifié nommément quatre d’entre eux comme « complices des crimes israéliens » et ce, sans la moindre explication. Aucun d’entre eux n’étant lié à Israël, sinon par des liens affectifs, on comprend, dès lors, leur émoi et la plainte qui fut aussitôt déposée. Tout aussi émue que les plaignants, notre juge à la retraite joua de ses origines (antifascistes) et de ses engagements (progressistes) pour témoigner de sa bonne foi : sa carte blanche ne visait, au contraire, qu’à protéger les Juifs de l’antisémitisme, bref d’Israël. Procès en sorcellerie donc ? On l’aurait souhaité si notre retraitée n’avait dérapé en plein prétoire, évoquant tout à la fois la double allégeance des Juifs, le refus du « peuple élu » de se mélanger. Elle en vint même à me demander de confirmer, en tant que spécialiste du racisme, l’existence d’une race juive !
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