Ce ne sont que des mots, rien ou presque dans le drame actuel. Pourtant leur usage est loin d’être dénué d’importance. Surtout lorsqu’ils montrent combien l’idéologie de la droite israélienne est en décalage avec l’opinion mondiale.
Cela a commencé lorsque des missiles en provenance de la Bande de Gaza se sont (ou ont été) abattus près de Tel-Aviv. Lorsque les médias, télévisions en tête, en ont fait le compte rendu, ils se sont heurtés à deux problèmes que connaissent tous les journalistes : les répétitions et les expressions qui prennent trop de place.
Comment éviter de dire à deux ou trois reprises « Tel Aviv » dans une phrase ou un paragraphe ? « Capitale d’Israël » serait tendancieux, même si toutes les ambassades du monde s’y trouvent : les Israéliens considèrent que c’est Jérusalem qui porte ce titre.
Ou alors « capitale diplomatique et financière de l’Etat juif », sauf que c’est bien long. Un journaliste de télévision a donc forgé une nouvelle expression : « la capitale économique » que les autres médias ont récupérée avec enthousiasme.
Sauf que ce faisant, ils ont contribué à renforcer le point de vue israélien sur celui du reste du monde : s’il y a une « capitale économique », cela ne signifie-t-il pas que l’autre, la vraie, se situe ailleurs ?
Ce qui remet à l’ordre du jour une polémique aussi ancienne que l’Etat juif lui-même : quelle est la capitale d’Israël ? Pour les Israéliens, on l’a dit, il n’y a pas de discussion. Pas depuis 1949, en tout cas. (Le 14 mai 1948, c’est à Tel-Aviv, que D. Ben Gourion a lu la Déclaration d’Indépendance).
Leur capitale se trouve à Jérusalem où sont installées toutes les structures officielles du pays (Knesset, bureau du 1er Ministre, Affaires Etrangères, etc.). Pour les autres Etats de la planète, par contre, Israël ne possède pas de « capitale définie ».
Et cela, « faute d’accord international sur le statut de la Ville Sainte ». C’est aussi la position de l’ONU qui se contente d’admettre que Jérusalem est le siège du gouvernement israélien. Tout comme celle du grand allié d’Israël, les Etats-Unis.
Certes, depuis 1995, à chaque élection présidentielle américaine -y compris la dernière- l’ensemble des candidats jurent, la main sur le cœur, que, s’ils sont élus, ils reconnaîtront Jérusalem comme capitale en y installant le siège de leur ambassade, située pour l’heure à Tel-Aviv.
Sans jamais le faire, que le vainqueur soit démocrate ou républicain. Et comme le président Obama ne l’a pas déplacée durant son premier mandat, les chances qu’il effectue ce transfert durant les quatre prochaines années semblent faibles.
L’ambition anachronique de coloniser la Cisjordanie
On voit par là que cette querelle est loin de n’être que sémantique : le monde se refuse déjà à reconnaître la Jérusalem juive, celle de l’Ouest, comme capitale d’Israël. On se permettra d’ailleurs -pour l’importance que cela a-, de considérer que c’est une faute.
Mais, quoi qu’il en soit, comment la droite israélienne peut-elle dès lors rêver que le reste de la planète admette la « Jérusalem réunifiée » (par l’annexion en 1980 de sa partie orientale à majorité arabe) comme la « capitale éternelle » de l’Etat juif ?
Une décision que personne ne reconnaît peut-elle être autre chose qu’un état de fait qui se soutient seulement par la force des armes ? Et que dire alors de l’anachronique ambition des dirigeants actuels de coloniser la Cisjordanie ?
Sur notre planète mondialisée économiquement et scientifiquement, qui peut croire qu’un Etat isolé par sa politique ait un réel avenir ? Et combien de temps et de sang faudra-t-il encore pour que les Israéliens remplacent les idéologues actuel par un gouvernement ayant les pieds sur terre ?
En attendant les réponses à ces questions, Tel-Aviv, qui est aussi la capitale de la joie de vivre, n’a pas fini de vivre sous la menace des missiles.
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