Les Flamands sont fâchés, très fâchés…En cause un reportage de la RTBF relatif au décès de Marie-Rose Morel, vaincue à 38 ans par un cancer pour le moins hypermédiatisé. En effet, tandis que se réunissait à ses funérailles le gratin nationaliste flamand, de Bart De Wever au voltairien Jan Peumans, le JT francophone n’avait pas hésité à rappeler le parcours sulfureux de cette ancienne député qui milita -jusqu’à sa récente démission- au Vlaams Belang dont elle avait épousé toutes les causes, jusqu’à son ancien président, Frank Vanhecke.
Faute journalistique inqualifiable, dégoûtante même, à croire Bart De Wever qui évoque « une inhumanité pour laquelle il n’y a pas de mots ». Même son de cloche du côté de Luc Van der Kelen, l’éditorialiste phare du Laatste Nieuws qui, depuis la vision du reportage de la RTBF, n’arrête plus de s’indigner. A le lire, « scandaleux serait un terme bien trop faible : écœurant serait plus exact (…) pour témoigner d’une absence totale d’un quelconque sentiment humain… ». A n’en pas douter, la RTBF aurait commis une faute journaliste grave.
Que faut-il penser du caractère outré et toujours à sens unique de l’indignation flamande ? Comment croire en la bonne foi chrétienne et compassionnelle d’un Bart De Wever qui, d’un côté, exige des excuses de la RTBF eu égard au « combat courageux, à la souffrance et la mort, à la commisération, à la maternité, au pardon, à l’amour et à autant de choses profondément humaines » et qui, de l’autre, s’indigna en son temps des excuses adressées par le bourgmestre socialiste d’Anvers Patrick Janssens à ses administrés juifs pour l’implication de l’administration communale anversoise dans
la Shoah ? La mort d’une ex-militante du Vlaams Belang, fut-elle « héroïque », vaudrait-elle davantage que celle d’au moins 12.000 déportés juifs d’Anvers ? Sans aucun doute si l’on songe à briguer, comme Bart De Wever, le mayorat d’Anvers aux prochaines élections communales.
Enfin, on prendrait également beaucoup plus au sérieux l’écœurement des journalistes flamands s’ils témoignaient de cette même indignation à l’égard des dérapages antisémites dont les médias flamands paraissent, aujourd’hui, étrangement si coutumiers. Non contents de ne pas s’en offusquer, ces médias en sont venus, au contraire, à se moquer de l’apparente hypersensibilité juive aux critiques. Faudra-t-il ici évoquer le très nauséeux clip vidéo « De Joden zijn boos » de la VRT ? Autant l’humour antisémite fait désormais sens dans les médias flamands, autant le rappel de certains faits -de l’engagement sulfureux de tel ou tel Bekende Vlaming aux complicités dans la traque des Juifs anversois- suscite polémiques et indignation. Ce manque total d’empathie à l’égard des Juifs explique certainement les curieux rapprochements de notre très fameux éditorialiste donneur de leçon. Depuis plus d’un an, en effet, M. Luc Van der Kelen ne cesse de comparer BHV à la… Palestine et à l’Azerbaïdjan dans les colonnes du Soir ou sur les plateaux de la chaîne française LCI. C’est clair, à l’en croire, les francophones de la périphérie se comporteraient comme des colons israéliens et/ou arméniens ! Lorsqu’il s’agit de BHV, notre journalistique vedette a « l’impression, ni plus, ni moins de se trouver en Palestine avec les francophones dans le rôle des Israéliens qui construisent des maisons en terre palestinienne afin de pouvoir exiger le terrain palestinien dans quelques années ». Quant à la proposition d’agrandir Bruxelles, celle-ci lui fait immanquablement penser à la volonté « de construire un corridor du type Haut-Karabakh ». Vous imaginez sans peine la réaction indignée des internautes francophones : « De quel droit, les Palestiniens, c’est nous ! ».
Assurément, dans la Belgique du 21e siècle, l’antisionisme et le grotesque font sens.
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