«Déballage» ouvre le Musée juif de Belgique

C’est en un geste artistique, voire emblématique que le nouveau Musée juif de Belgique a souhaité transformer son déménagement de la rue de Stalingrad au 21 de la rue des Minimes. Le choix de l’artiste s’est volontairement porté sur Jacques Charlier, Belge non juif de renom international, pour montrer l’ouverture du Musée, et surtout apporter un regard neuf sur notre collection, la mettre dans l’espace de façon originale, explique Bernard Sucheky, conseiller scientifique du Musée et commissaire de l’exposition. Nous avons été très surpris de ses choix et enchantés du résultat! «Déballage» a donc ouvert ses portes en même temps que le Musée, le 5 mai dernier, en respectant la volonté de Jacques Charlier : réinjecter la parole vivante, travailler la relation avec le visiteur en mettant l’accent, comme les expositions qui suivront, sur des sujets de discussion plutôt que sur des objets de contemplation. Pas de notes explicatives en dessous des photos réunies dans la superbe grande salle du deuxième étage, un petit titre générique et les commentaires de l’artiste se suffisent à eux-mêmes.
L’antisémitisme est un virus transgénérationnel tenace, même s’il est mental, insiste Jacques Charlier. Et on a tous à réagir, à notre mesure, c’est un exercice quotidien. Mon travail, je l’espère, y contribuera un peu. J’ai exposé ces documents de façon minimaliste et les ai choisis sur base de l’émotion qu’ils dégageaient, poursuit-il, en nous offrant en quelque sorte une vision épidermique du monde juif en Belgique. Une salle rebaptisée «les registres de la haine» contient ainsi les fiches originales, et non moins précieuses, de chaque Juif, tenues scrupuleusement à l’époque par les administrations communales, et qui ont permis les suites dramatiques que l’on connaît… Affichées sur des panneaux, des photos d’albums de familles, sans nom, pour n’en privilégier aucun, deux machines à écrire des années 40 à caractères hébreu, des objets de culte aussi, un costume de hassidim anversois, des instruments de circoncision, le kaddish, des toiles et tableaux rares réunis dans un «cabinet d’estampes»… Naissance, mouvement de jeunesse, bar et bat-mitzvah, activités professionnelles, Torah, klezmer, mariage, et cérémonies du souvenir… l’anti-judaïsme chrétien aussi est représenté, de même que la Terre sainte bien sûr, les personnalités de la communauté, la Libération, et l’Europe, avec, sans que tout repose sur elle, toujours la Shoa en filigrane, précise encore l’artiste. Et l’exposition, ouverte au public jusqu’au 3 octobre 2004, n’est que le début d’un vaste programme. Sont déjà prévue en 2005 une exposition sur l’histoire de l’oratoire de Molenbeek, reconstitué à l’identique, une «foire aux docs» illustrant la conservation du patrimoine documentaire juif de Belgique, et une exposition sur les aspects de la vie juive au Maroc. Les questions des intéressés devraient enfin, les organisateurs l’ont promis, trouver des réponses, et susciter de nouvelles questions, ils le souhaitent de tout coeur.

Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles.
Infos : 02/512.19.63 – Site : www.museejuif.be

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