Si le royaume hachémite est gagné à son tour par le vent de changement qui souffle dans le monde arabe, Israël se retrouvera dans la même situation qu’en 1967. En pire.
Tout autour d’Israël, le monde se transforme, et pas en mieux pour lui : le Liban s’est doté d’un gouvernement pro-Hezbollah, la Syrie est en ébullition, en Egypte, les intégristes égyptiens gagnent du terrain.
Chez les Palestiniens, le Hamas est plus fort que jamais et l’Autorité palestinienne joue ses dernières cartes… Au-delà de ce premier cercle, aucun ami, sauf peut-être la Grèce et Chypre. La Turquie menace, l’Iran est hostile.
Plus loin, les alliés deviennent « neutres » et les neutres, ennemis. Tout change… sauf la politique du gouvernement actuel. Comme ses prédécesseurs, il persiste à croire que le temps joue pour Israël.
Durant des années, les dirigeants israéliens ont traité avec indifférence ou mépris leurs homologues pro-occidentaux. Ils ne se sont jamais intéressés aux efforts du président Moubarak pour faciliter les négociations avec l’Autorité palestinienne.
Ils ont négligé les possibilités de négociations avec Bachar al Assad, lorsque son pouvoir était encore stable. Ils n’ont jamais pris en considération le plan de paix arabe. Ils s’en sont tenus à leur mantra : Cisjordanie… Colonisation… Cisjordanie… Colonisation...
Et voici que l’heure des brasiers semble aussi sonner en Jordanie. Or, si ce pays bascule, l’Etat juif n’aura plus que des Etats hostiles autour de lui. Comme en 1967. En pire. Car, entretemps, le nombre et la puissance des armes conventionnelles ont décuplé.
Par ailleurs, une partie non négligeable de Tsahal devra cette fois protéger les colons de Cisjordanie. Qui plus est, roquettes, missiles, fusées obligent, les populations civiles risquent d’être beaucoup plus lourdement frappées qu’à l’époque.
Or le royaume de Jordanie est bel et bien menacé de chaos. Une de ses fragilités, c’est la division de sa population. Les 6,5 millions de Jordaniens se divisent eu deux parts à peu près égales.
D’un côté, les tribus bédouines, piliers du trône, de l’autre, des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967. Une cohabitation à l’équilibre fragile. Et qui peut être déstabilisée par de nouveaux venus.
Car, depuis 1991, le pays abrite 500.000 « réfugiés du Golfe ». Sans parler de ceux qui pourraient fuir la Syrie, si le président Assad tombait. Ou d’une nouvelle vague de Palestiniens en cas de 3e intifada. La Jordanie n’y résisterait sans doute pas.
Trois Premiers ministres en moins d’un an
A cela s’ajoutent les graves problèmes économiques du pays : depuis qu’il a succédé à son père, le roi Hussein en 1999, Abdallah II, a tenté d’accélerer la modernisation de la Jordanie par une politique très libérale.
Il a multiplié les privatisations et tout fait afin d’attirer les investisseurs étrangers afin de compenser le manque de ressources naturelles de la Jordanie. Des réformes à long terme qui ne sont pas arrivées à résoudre ces maux endémiques : un chômage (13%) et une corruption généralisée.
Là-dessus s’est greffée la crise économique mondiale et depuis janvier 2011, les Jordaniens, « de souche » ou d’origine palestinienne, sont dans la rue, à réclamer du travail, des baisses de prix, mais aussi davantage de démocratie.
Pour désamorcer la crise, le roi a renvoyé son Premier ministre Samir Rifaï début février et l’a remplacé par le plus populaire Maarouf Bakhit. Abdallah II a aussi modifié pas moins de 42 articles de la Constitution afin de transférer une partie de ses pouvoirs au Parlement.
Les salaires des fonctionnaires ont été augmentés, des emplois dans le secteur public créés, des taxes supprimées. Mais tout cela n’a pas suffi : Maarouf Bakhit, accusé de « créer des crises au lieu de les résoudre », a, à son tour, été limogé fin octobre.
Le choix de son successeur a été considéré comme un signe fort de la volonté royale de lutter contre la corruption : Aoun Khasawneh a été juge à la Cour internationale de Justice de la Haye. Il en a même été vice Président de 2006 à 2009…
Si ce n’est toi, c’est donc ton Frère…
Beaucoup considèrent qu’il s’agit du « gouvernement de la dernière chance ». S’il ne réussit pas rapidement, ce sera alors l’heure de l’opposition : les Frères musulmans. Bien sûr, ceux-ci ont longtemps, sinon soutenu le pouvoir royal, du moins été neutres à son égard.
Ainsi ont-ils appuyé le roi Hussein lorsque, lors du « septembre noir » de 1970, il a brisé une tentative des Palestiniens de s’emparer du pouvoir. Mais depuis, les relations se sont dégradées, entre autres, à cause de la montée en puissance de leur branche palestinienne, le Hamas.
Abdallah II, partisan de la paix avec Israël et soutien de l’Autorité palestinienne, a interdit cette organisation et sévi contre les Frères. Mais si A. Khasawneh n’obtient pas de résultats rapides, qui sait ce qui peut advenir ?
Une répression trop violente suivi d’une révolte… un effondrement du régime, une guerre civile, des interventions extérieures… Et, en tout cas, un point semble acquis : en cas de processus électoral libre, les Frères musulmans l’emporteraient haut la main.
Comme en Tunisie, comme au Maroc, comme en Egypte. Certes, ceux de Jordanie s’affirment eux aussi « modérés », mais cette pondération supposée ne vaut certainement pas vis-à-vis d’Israël.
Est-ce que quelqu’un se préoccupe de tout cela à Jérusalem ? Cisjordanie…Colonisation… Cisjordanie… Colonisation…
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