Dans le cadre d’une journée consacrée à la Résistance organisée par la commune d’Ixelles, une centaine d’élèves de classes de 6e primaires ont tenu à rendre hommage à Sophie Rechtman. Le témoignage de l’ancienne présidente de L’Enfant caché, qui nous a quittés le 1er mai 2016, les avait fortement marqués.
« Aucun enfant, quelle que soit sa couleur, sa religion ou sa culture, ne doit se sentir exclu. Je ne demande pas que l’on m’aime, mais je veux que l’on me respecte de la même manière que je respecte les autres ». Tel est le message de Sophie Rechtman qu’Emmanuel de Jonge, coordinateur pédagogique à la commune d’Ixelles, a souhaité rappeler aux élèves réunis sous la bruine place Flagey, le 10 mai dernier, pour lui rendre un dernier hommage.
La commune d’Ixelles a fait appel au Centre d’éducation à la citoyenneté du CCLJ pour mener un travail d’histoire et de mémoire avec les élèves du dernier cycle de l’enseignement primaire et les rhétoriciens de l’Athénée Charles Janssens. Le 19 février dernier, Paul Sobol a ainsi témoigné devant les élèves de 6e de l’Athénée Charles Janssens et le 23 février, 250 élèves des écoles communales d’Ixelles ont été accueillis au CCLJ pour entendre le témoignage de Sophie Rechtman.
Le dernier projet avait d’abord consisté en une rencontre préalable dans les 11 classes de 8 écoles communales d’Ixelles : une heure d’animation pour présenter le CCLJ, expliquer notre travail, et préparer les enfants de 11 à 12 ans à l’écoute du témoignage d’une enfant cachée. Une matinée au CCLJ qui a débuté par une lecture publique de notre livre-jeunesse Sophie, l’enfant cachée, suivie d’un goûter, puis de la rencontre avec Sophie lors de laquelle les élèves ont pu lui poser toutes leurs questions. Comme à son habitude, Sophie les a écoutés, leur répondant avec bienveillance, partageant ses souvenirs, ses émotions. Tenant aussi à les mettre en garde contre la discrimination et le harcèlement. Connaissant son histoire, les élèves ont été extrêmement réceptifs à ses propos et ont pu mesurer l’importance de ceux-ci
Une deuxième animation de deux heures, dans les classes cette fois, nous a permis de replacer l’histoire de Sophie dans son contexte historique. Grâce à une ligne du temps et des illustrations choisies avec soin, les élèves ont pu fixer les notions qu’ils avaient découvertes avec Sophie.
Déconstruire les fantasme
Entendre un témoignage d’enfant caché permet d’évoquer la Shoah de manière adéquate avec un public jeune. Celui-ci comprend les émotions, les aspirations d’une enfant de leur âge. Certains font des liens avec leur propre histoire familiale (parcours de migration, connaissance d’une personne reconnue en tant que Juste). Grâce à l’échange avec un témoin direct, les élèves se rendent compte que cette histoire est plus proche d’eux dans le temps et dans l’espace qu’ils ne le pensent. Cela permet aussi de déconstruire certains fantasmes autour de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, ils comprennent que certaines situations pourraient se reproduire aujourd’hui. La rencontre avec Sophie les a amenés à se poser des questions sur le monde dans lequel ils vivent et sur leurs propres actions.
Début mai, ces mêmes élèves ont reçu la triste nouvelle du décès de Sophie. Nombreux sont les enseignants qui se sont manifestés auprès d’Emmanuel de Jonge pour envisager avec lui un acte symbolique à la mémoire de Sophie.
Le 10 mai, ce ne sont pas moins d’une centaine d’élèves de 6e primaire des écoles communales d’Ixelles qui se sont retrouvés place Flagey pour dire au revoir à Sophie Rechtman et nous remettre des dessins et des textes destinés à sa famille. Ils participaient ce jour-là à un parcours vélo à travers des lieux de mémoire ixellois, dans le cadre d’un projet sur la Résistance.
Ces élèves nous ont prouvé qu’ils avaient bien compris la portée du message de Sophie : celui qui écoute un témoin devient un chaînon de la transmission de ce témoignage. Ils sont aujourd’hui des « passeurs de mémoire ».