Du 12 au 20 avril 2015, 37 étudiants bruxellois découvrent la réalité complexe du Proche-Orient. Un voyage auquel ils n’avaient jamais imaginé participer et dont beaucoup d’entre eux ne sortiront pas indemnes.
« Ce séjour a marqué ma vie. Il m’a ouvert les yeux et l‘esprit. Beaucoup de choses m’ont touché chez les Israéliens et chez les Palestiniens ». A l’instar de son copain Noaman Mad, qui affirme lui aussi « avoir été profondément touché par ce qu’il a vu », Illias Berrada (20 ans) ne connaissait pas grand-chose de la situation au Proche-Orient. Mais ce n’est plus le cas depuis qu’ils se sont rendus sur place pour constater que ce conflit qui perdure prend un visage différent selon qu’on le vive sur place ou à l’étranger.
Lancé il y a deux ans par la députée bruxelloise (PS) Simone Susskind, qui a obtenu le soutien du ministre président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte et de l’échevine de l’Enseignement Faouzia Hariche, le projet « Israël-Palestine : pour mieux comprendre » permet en tout cas à 37 étudiants de l’Institut des Arts et Métiers, du lycée Dachsbek, et du lycée Emile Jacqmain de se rendre sur le terrain pour toucher du doigt une réalité qu’ils n’appréhendaient jusqu’alors que par le biais des médias.
Accompagnés d’enseignants, mais également de Rudy Demotte ainsi que de Faouzia Hariche, les étudiants ont donc échangé avec leurs homologues israéliens et palestiniens, mais ils ont également découvert la complexité du conflit : l’occupation, les camps de réfugiés palestiniens, la peur des Israéliens, les discours de paix des uns et des autres qui ne se concrétisent jamais.
« Ce projet très lourd (100.000 €) a été difficile à monter, car il y a eu des réticences. Certains établissements bruxellois ont, par exemple, refusé d’y participer par peur de se mêler au conflit », explique Simone Susskind. « Avant notre départ, il a fallu effectuer un travail de préparation pour que les étudiants des trois écoles apprennent à se connaître et pour qu’ils prennent la mesure de ce qu’ils allaient voir sur place ». Et de poursuivre : « Depuis que nous sommes dans la région, ils apprennent vite. J’ai été frappée par leur intelligence et leur faculté de comprendre vite ».
« Tout le monde dit qu’il veut la paix, mais rien ne se passe »
Si certains participants tels Noaman et Illias se disent « plutôt optimistes, en espérant que les mentalités vont évoluer », d’autres participants au voyage ne croient pas à une solution pacifique. C’est le cas de Malaurie De Bevere (17 ans), élève du lycée Emile Jacqmain. « J’ai beaucoup apprécié de pouvoir parler à des Israéliens et à des Palestiniens ordinaires, des gens de la rue qui ne sont pas des politiciens ou des porte-parole », déclare-t-elle. « C’est précisément cela qui me rend pessimiste, car tout le monde dit qu’il veut la paix, mais rien ne se passe ». Et de poursuivre : « En circulant dans les territoires, j’ai compris combien l’occupation est invasive et comment elle se développe. C’est cela aussi qui me rend pessimiste pour l’avenir ».
Quel que soit leur avis, les 37 étudiants n’abandonneront pas le Proche-Orient à leur retour en Belgique. Ils deviendront en effet les ambassadeurs du projet grâce au film qu’ils réalisent et qui sera proposé à diverses associations afin de servir de base de discussion.
Aussi intéressant soit-il, le projet « Israël-Palestine pour mieux comprendre » n’est encore qu’un pilote et malgré la bonne volonté évidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que de l’échevine Hariche, il ne pourra pas être organisé chaque année. Cependant, Rudy Demotte le considère « comme important et intégrateur, parce qu’il s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le radicalisme, contre l’antisémitisme, contre l’islamophobie, et contre la remise en cause du vivre ensemble ».
En attendant de participer au financement d’un autre voyage, le ministre-président, également en charge des relations internationales de la Fédération Wallonie-Bruxelles, propose en tout cas de modifier l’approche de son département basée sur l’équidistance entre les deux parties pour favoriser des initiatives de type trilatéral, impliquant ensemble des associations israéliennes, palestiniennes ainsi que la Fédération Wallonie-Bruxelles.
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