Sur le site « Slate »*, cet article sur ces jeunes Israéliens qui se font graver dans leur chair les mêmes séries de chiffres que leurs grands-parents déportés.
Si vous rencontrez une personne avec une suite de chiffres tatoués sur le bras, il ne s’agira pas forcément d’un ancien déporté, mais peut-être d’un très jeune homme ou d’une très jeune femme, ayant décidé, par ce tatouage, de préserver la mémoire d’ancêtres victimes de l’Holocauste.
« Ma génération ne sait strictement rien sur l’Holocauste », a ainsi confié Eli Sagir, 21 ans, tatoué depuis 4 ans. « Vous leur parlez et ils ont l’impression qu’il s’agit de la sortie d’Egypte, de l’histoire ancienne.
Moi j’ai voulu que ma génération se souvienne. Je veux leur dire l’histoire de mon grand-père, et celle de l’Holocauste ».Les survivants de l’Holocauste sont de moins en moins nombreux en Israël, où le poids de la Shoah est fondamental, presque intrinsèquement lié à la création de l’Etat hébreu.
Les habitants s’interrogent sur la façon de préserver la mémoire du génocide. « Nous nous éloignons de la mémoire vivante pour aller vers la mémoire historique », souligne Michael Berenbaum, professeur à l’American Jewish University de Los Angeles et spécialiste de la « mémorialisation » de l’Holocauste.
« Nous sommes à ce moment de transition et [les tatouages] sont une manière insolente, démonstrative, de le franchir ».Dana Doron, fille de survivant, qui réalise un documentaire sur les tatouages imposés par les nazis, juge que ces chiffres sont des cicatrices :
« Le fait que de jeunes personnes choisissent de se faire ces tatouages est, à mes yeux, le signe que nous portons encore la cicatrice de l’Holocauste ».
]]>