Deux Peuples, deux Etats

La création de l’Etat d’Israël et sa reconnaissance par la communauté internationale ont mis fin au débat à l’intérieur du monde juif sur la pertinence et la légitimité du sionisme. En lisant la tribune d’Henri Goldman, Soutenir Genève sans réécrire l’histoire, parue dans La Libre Belgique le 14 avril, il faut reconnaître que ce n’est pas tout à fait vrai. L’originalité de cet article tient aux arguments pervers qu’il réunit pour justifier son refus de signer un appel à soutenir le Pacte de Genève et la Voix des Peuples de Sari Nusseibeh et Ami Ayalon publiée dans La Libre Belgique le 3 avril par le collectif Deux Peuples, deux Etats.
Henri Goldman ne peut signer un texte affirmant Deux peuples, deux Etats. L’Etat d’Israël comme Etat du peuple juif, l’Etat de Palestine comme Etat du peuple palestinien, tous deux issus d’un mouvement légitime de libération nationale. Il considère cette affirmation regrettable et malvenue et surtout il ne peut admettre que le sionisme soit le mouvement de libération nationale du peuple juif : une telle affirmation est anachronique et déplacée, écrit-il. C’est bien la nature de l’Etat d’Israël et du projet sioniste qu’Henri Goldman juge en fait problématiques. Car comme il le précise, la création de cet Etat n’est pas la victoire de ce mouvement mais un acte de réparation de la communauté internationale… et puis et surtout, le sionisme est plutôt un fait colonial qu’un mouvement de libération nationale…
Pour l’écrasante majorité des Juifs dans le monde, Israël est devenu le principal pôle de cristallisation de leur identité. Ils considèrent cet Etat comme le leur. Le bien-être de ce pays devient l’une de leurs plus grandes préoccupations, voire une obsession collective. Ils sont attachés à cet Etat que Ben Gourion décrivait à juste titre comme la nouvelle interprétation du peuple juif. Une culture authentiquement juive s’y est développée et a imprégné tous les aspects de la société israélienne. Cette existence nationale juive en Israël n’est pas le fruit de l’immaculée conception laïque attribuant la création d’Israël à la bonne volonté de la communauté internationale. Bien avant 1948, le mouvement sioniste a jeté les fondements de l’Etat en y développant toutes les institutions politiques, économiques et sociales. Israël est bel et bien le produit du sionisme. En assimilant le sionisme au colonialisme, non seulement on cherche à le délégitimer mais on néglige les processus économiques, sociaux et culturels qui ont conduit des centaines de milliers de Juifs à s’installer en terre d’Israël. Enfin, cette assimilation au colonialisme empêche de comprendre la caractéristique essentielle du conflit israélo-palestinien : l’affrontement tragique de deux mouvements nationaux pour l’indépendance et la souveraineté.
Cette caractéristique est évidemment au coeur des deux initiatives soutenues par le collectif Deux peuples, deux Etats car tout effort de paix passe par la réconciliation des deux mouvements et la reconnaissance de la légitimité des deux identités nationales. Dans son préambule, le Pacte de Genève énonce clairement que le présent accord marque la reconnaissance du droit du peuple juif à un Etat et la reconnaissance du droit du peuple palestinien à un Etat. La déclaration d’intentions de Nusseibeh et Ayalon en fait tout autant lorsqu’elle prévoit que la Palestine constitue le seul Etat du peuple palestinien et Israël le seul Etat du peuple juif. Contrairement à ce qu’affirme Henri Goldman, il n’y a donc ni tromperie ni vente forcée de la part du collectif Deux peuples, deux Etats qui ne fait que respecter la lettre et l’esprit des initiatives qu’il entend soutenir.

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