Diplomatie française

Bien que la France ait voté l’incompréhensible résolution de l’UNESCO niant tout lien entre Jérusalem et le peuple juif, elle s’est engagée dans une initiative diplomatique visant à relancer le processus de paix israélo-palestinien. Une initiative qui n’est pas sans mérite, en dépit des apparences.

En avril dernier, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a adopté une de ces résolutions dont certains forums onusiens ont le secret. Par 33 votes pour, 17 abstentions et seulement six contre, son Conseil exécutif a décidé de rayer d’un trait de plume 3.000 ans de liens religieux, culturels, nationaux et affectifs entre le peuple juif et Jérusalem. La résolution nie tout lien historique entre le peuple juif et le Mur occidental (ou Kotel) et le mont du Temple. Que, ce faisant, l’on biffait du même coup la justification historique et spirituelle du christianisme et de l’islam, les deux religions qui ont explicitement inscrit leurs pas dans le sillage tracé par leur aînée, voilà qui n’a pas effleuré l’esprit des imbéciles du Conseil. George Orwell aurait renommé l’UNESCO l’ONAII, c’est-à-dire l’Organisation des Nations désunies pour l’abrutissement, l’ignorance et l’inculture !

Passe encore que des pays arabes -l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan- se soient prêtés à cette pantalonnade. On a les victoires qu’on mérite. Mais que la France ait joint sa voix à ce chœur improbable, avec, il est vrai, la Russie, l’Espagne et la Suède, cela laisse pantois. On me dit que ce n’était là que l’initiative mal contrôlée d’un quelconque sous-fifre, rescapé d’une « rue arabe » autrefois toute puissante au Quai d’Orsay. Peut-être. Toujours est-il que les plus hautes autorités de l’Etat ont tenté de corriger le tir. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a déclaré devant l’Assemblée nationale que « Jérusalem appartient à tous les croyants, juifs, chrétiens et musulmans » et a évoqué une regrettable « incompréhension du fait de certaines formulations dans cette résolution ». Il lui a fallu trois semaines pour offrir cette explication alambiquée. Le lendemain, le Premier ministre Manuel Valls a été plus clair. Lui est allé jusqu’à admettre une faute qu’il eût mieux valu éviter. Comme le Président de la République, dans une lettre adressée au CRIF, où il assurait que « rien dans le vote de la France ne [devait] être interprété comme une remise en cause de la présence et de l’histoire juives à Jérusalem », avant de dénoncer une résolution « fâcheuse ».

Cette bourde est d’autant plus incompréhensible que la France est engagée dans une opération diplomatique complexe. Une opération en deux temps. Le 30 mai, les ministres d’un certain nombre de pays concernés étaient convoqués à Paris afin de préparer une conférence internationale qui se réunirait pendant l’été, cette fois en présence des principaux intéressés, afin de remettre sur les rails le « processus de paix » israélo-palestinien. Naturellement, Netanyahou est contre ; la seule méthode convenable n’est-elle pas la « négociation bilatérale sans condition préalable » ? Or, le vote de la France à l’UNESCO est pour lui pain béni : comment faire confiance à un pays décidément hostile pour organiser une conférence de paix où Israël ferait nécessairement figure d’accusé ? Dans son combat de tous les jours pour convaincre l’opinion publique qu’il n’y a pas d’alternative à sa politique, les Français lui ont offert un argument de poids. Et certes, ceux qui pensent que l’immobilisme est gros de dangers se seraient bien passés de cette rechute française dans les travers d’antan.

Faut-il dès lors désespérer de l’initiative française dont la date initiale du 30 mai 2016 a déjà été reportée ? Probablement pas. En effet, en l’absence de toute autre perspective, elle n’est pas sans mérite. Bien préparée, la conférence peut constituer un cadre de référence utile. En visite en Israël, Jean-Marc Ayrault a constaté sans surprise que le Premier ministre n’en voulait pas, ce qui ne l’a pas empêché de réaffirmer son intention de persévérer. Certes, dit-il, il comprend que Netanyahou préfère négocier directement avec les Palestiniens, mais il faut bien constater que le pas de deux, de toute façon inexistant, ne mène nulle part, ce qui rend une intervention extérieure indispensable.

Aussi bien, son problème n’est pas tant la position de Netanyahou que celle des Russes, et, surtout, des Américains. A l’en croire, le secrétaire d’Etat John Kerry a promis de jouer le jeu. Il aurait un problème de date, ce qui expliquerait l’ajournement de la réunion du 30 mai à un moment qui reste à déterminer. Nous serons bientôt fixés. Mais si tel est le cas, on voit mal le Premier ministre refuser de participer à la conférence en gestation. Après tout, même Yitzhak Shamir est allé à Madrid, où a été lancé, voici un quart de siècle déjà, le ci-devant « processus de paix ». Avec, à ses côtés, un certain Benjamin Netanyahou.

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