Du Premier ministre Herman Van Rompuy, on sait bien peu de choses. Il n’est pourtant pas un nouveau venu en politique : ministre du Budget et vice-Premier ministre de 1993 à 1999, il a joué un rôle clé dans les gouvernements Dehaene. Lorsqu’il s’est présenté à la tribune lors de la séance inaugurale des cérémonies du 50e anniversaire du CCLJ à l’Hôtel de ville de Bruxelles, personne ne s’imaginait un instant qu’on découvrirait une personnalité subtile, sensible et pleine d’humour. François Mauriac a écrit dans ses Mémoires intérieures, « Dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es ». Cela vaut pour Herman Van Rompuy. Dans le discours qu’il prononça le 15 septembre dernier, le Premier ministre a exprimé la pudeur dont il entend faire preuve face à l’histoire du peuple juif. En tant qu’Européen, il n’ignore pas que les Juifs ont marqué l’histoire de l’Europe. Il illustra son propos en citant Heinrich Heine, ce grand poète tiraillé jusqu’à sa mort entre sa fidélité au judaïsme et son identité allemande : « Depuis l’Exode, la liberté s’est toujours exprimée avec un accent hébreu ». Il expliqua ensuite à quel point la lecture de l’autobiographie de l’historien allemand Joachim Fest l’avait marqué. Pendant les années les plus sombres, Joachim Fest n’a jamais succombé au nazisme. Dans son autobiographie, Pas moi !, il rend un vibrant hommage à son père. Professeur, ce dernier fut exclu de l’enseignement en avril 1933 car il refusait de se soumettre au nouveau régime et de taire son mépris à l’égard des nazis. Ce père a pris conscience que la solitude était le prix à payer pour demeurer en opposition avec le régime nazi. Pour que son fils comprenne cet isolement terrible, un après-midi de 1936, il lui a dicté une maxime latine qu’il devait graver dans sa mémoire : « Etiam si omnes, ego non » (Tous peut-être, mais pas moi). Joachim Fest n’oubliera jamais ces mots qui l’aideront à demeurer un homme libre. « Même si tout le monde accepte la barbarie, moi jamais », répétera Herman Van Rompuy. Ce n’est pas facile de dire « non » et d’en accepter les conséquences. Avec humilité, le Premier ministre avouera qu’il se pose souvent la question de savoir s’il aurait eu ce même courage. De telles références ne sont pas fréquentes et peuvent trancher dans une classe politique de moins en moins portée sur la culture. On se situe bien loin des pitreries éthyliques du « papa » des bords de Meuse mais aussi des rires gras que le Président français suscite à propos de La Princesse de Clèves, ce roman écrit au 17e siècle par Madame de La Fayette. Les plus critiques répondront que la lecture de Heine et de Fest n’est pas indispensable à l’action d’un Premier ministre. Personne ne le conteste, mais il ne s’agit pas de cela. Dans Le Fil de l’épée, le Général de Gaulle écrivait que « La véritable école du commandement est la culture générale ». Il y aura toujours des choses plus importantes que la culture générale. A ceci près qu’elle aiguise le sens critique et rend les hommes libres. « Dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es » s’applique aussi à ce qu’il y a de plus médiocre. Ainsi, dans un texte diffusé sur internet à l’occasion du dernier vendredi du Ramadan, Yacob Mahy, prédicateur musulman belge, encourageait ses coreligionnaires à soutenir leurs frères palestiniens, « qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans », victimes de « l’entreprise génocidaire menée par l’Etat voyou, terroriste, sioniste raciste, israélien » ! Pour donner plus de force à son propos, il se réfère à son « Maître Roger Garaudy, sainteté sur lui » pour sa dénonciation des crimes israéliens. Yacob Mahy n’en est pas à son coup d’essai. Depuis trop longtemps, il recourt au terme « génocide » pour stigmatiser la politique israélienne, et il multiplie les références à Garaudy, le propagandiste français de l’antisémitisme et du négationnisme le plus populaire dans le monde arabo-musulman. Les journalistes et les responsables politiques devraient prendre la peine de lire sa prose nauséeuse avant de le présenter comme un musulman modéré et ouvert. Si son ouverture sur le monde se résume à la lecture des brûlots antisémites de Garaudy, alors …
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