« Donnez-moi vos pauvres, vos exténués… »

« Donnez-moi vos pauvres, vos exténués, qui en rangs pressés aspirent à vivre libres. Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte ».

Ces vers sont extraits d’un poème écrit en 1883 par Emma Lazarus, fille d’une famille de Juifs portugais installée à New York, révulsée par les pogroms russes et sûre que son pays serait le refuge des réprouvés.

Cet été, pas une seule journée sans que nos télévisions ne nous montrent ces centaines d’exténués en provenance de Syrie, d’Irak ou d’Afrique, tentant désespérément et tragiquement de trouver un refuge en Europe. Paradoxalement, nos autorités font beaucoup pour les sauver de la noyade et trop peu pour les accueillir. Cette migration économique et politique perdurera, elle est inévitable. L’attrait de la liberté et du confort social qu’offrent nos sociétés est immense. La hauteur des barrières ou la profondeur des mers n’y feront rien. Préparons-nous à une modification permanente du paysage démographique européen.

En quoi cela nous concerne-t-il, nous, Juifs de Belgique ? Souvenons-nous d’abord que nous sommes tous des descendants de migrants fuyant discriminations, persécutions et misère. Et nous avons fui à maintes reprises tout au long de notre dramatique histoire. Chassés et assassinés par les uns, mais aussi sauvés et accueillis par d’autres. La Belgique a été une terre d’asile pour des centaines de milliers d’étrangers. Elle a réussi pour la plupart d’entre eux à bien les intégrer. Mais l’exercice est difficile et demain il le sera encore plus.

Les nouveaux exilés viennent du Sud et de l’Est de la Méditerranée, pays arabes et subsahariens, terres musulmanes. Les dangers du communautarisme risquent de s’intensifier, ceux du rejet raciste, du nationalisme et du clientélisme politique aussi. Certains de ces nouveaux immigrants -les Syriens et les Irakiens particulièrement- ont subi longtemps l’enseignement de la haine à l’égard des Juifs et nous risquons de nouvelles poussées d’antisémitisme. Nos autorités doivent d’urgence mettre en place des programmes très volontaristes d’éducation à la citoyenneté et au respect des règles d’une société laïque sans faiblesses ni compromis. Nous devons accueillir avec générosité les immigrés, mais nous devons impérativement les protéger, et nous protéger, des poisons islamistes. C’est sans doute le plus important quitte ou double des prochaines décennies du vivre-ensemble.

Depuis les récents attentats antisémites perpétrés par les terroristes musulmans dans nos villes, les préoccupations sécuritaires sont devenues une nouvelle priorité pour les responsables des organisations juives. Avons-nous les bonnes caméras et les écrans de surveillance, et les portes et fenêtres sont-elles suffisamment blindées ? Nos gardes sont-ils en nombre et bien formés ? Avons-nous imaginé tous les scénarii d’agression des djihadistes à la kalachnikov ? Qui, comment financer ces très importants investissements et coûts de gestion supplémentaires ? Combien vaut la vie d’un innocent ? « Maman, pourquoi y a-t-il des soldats devant mon école ? Parce que tu es juif mon enfant… » Quelle autre communauté doit se protéger contre tant de haine ?

Au CCLJ, ça fait bientôt vingt ans que nous avons créé un programme, avec une équipe de trois personnes pour dire « La Haine, je dis NON ! » et « Le Respect, je dis OUI ! ». Cette année, nous avons décidé d’investir plus d’efforts dans la formation des enseignants en francophonie qui sont si peu préparés à affronter les préjugés et les haines croissantes de certains de leurs élèves. Les pouvoirs publics sont enthousiastes quant à l’utilité et à l’efficacité de nos programmes d’éducation à la citoyenneté, mais si démunis pour nous permettre d’ajouter quelques formateurs.

Notre crèche fêtera ses 30 ans cette année. Près de 1.000 bambins y auront fait leurs premières rondes en hébreu, en célébrant Shabbat, Hanoucca et Pourim. Nous avons augmenté notre capacité d’accueil.

Toutes nos activités ont repris. Innovation et diversité sont au rendez-vous. Nos départements Culture et Médias ont uni leurs efforts pour vous permettre d’accéder à nos plus belles conférences par podcast sur www.cclj.be Vous y trouverez aussi, ainsi qu’à la fin de ce Regards, les activités culturelles et les groupes de réflexion de la rentrée.

Marquez d’ores et déjà deux événements majeurs dans vos agendas :


Le 17 octobre, grand dîner annuel de collecte du CCLJ, pour nous permettre de vivre et d’agir au service de notre communauté. Nous allons faire pétiller votre soirée !


Le 26 novembre, hommage à Yitzhak Rabin, pour commémorer son assassinat et son combat pour la paix. Vingt ans après, quel avenir pour Israël ?

Shana Tova ou Metouka.  

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