Drancy-Auschwitz 1942-1944 – Juifs de Belgique, déportés via la France

Dans Drancy-Auschwitz 1942-1944. Juifs de Belgique déportés via la France (VUB Press), Herman Van Goethem et Laurence Schram reviennent sur le sort peu connu des Juifs de Belgique déportés depuis la France. Ce livre, qu’ils présenteront le jeudi 12 novembre 2015 à 20h au CCLJ, constitue le cinquième volume des livres que les chercheurs de Kazern Dossin ont consacré aux déportés juifs de Belgique.

Le 10 mai 1940, lorsque l’Allemagne envahit la Belgique, le ministre de la Justice Paul-Emile Janson ordonne l’arrestation de 6.000 personnes suspectées de former une cinquième colonne sur la base de la loi du 22 mars 1940 relative à la défense des institutions nationales. Cette question avait été préparée pendant la Drôle de guerre (du 1er septembre 1939 au 10 mai 1940) : les autorités belges dressent des listes de personnes considérées comme un danger potentiel dans le contexte d’une guerre avec l’Allemagne : les ressortissants allemands, les rexistes et les membres du VNV et du Verdinaso. Léon Degrelle et Joris Van Severen sont arrêtés le 10 mai 1940. Mais cette liste ne s’arrête pas là : les Allemands, les Autrichiens, les Tchécoslovaques (depuis l’invasion allemande de mars 1939), ainsi que tous ceux qui sont associés à l’Allemagne en raison des alliances militaires ou des pactes signés par leurs pays respectifs sont également arrêtés : les Hongrois, les Slovaques et les Soviétiques (pacte germano-soviétique). Les communistes sont également visés par cette mesure. « Les autorités belges ratissent très larges », observe Herman Van Goethem, historien et directeur général de Kazern Dossin, le Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme.

C’est ainsi qu’environ 6.000 personnes considérées comme un « danger pour l’Etat » seront déportées par train vers des camps dans le Midi de la France, où elles sont internées. Mais le problème majeur, c’est que parmi ces 6.000 personnes, on ne compte que 1.500 Allemands et sympathisants politiques belges de l’Allemagne nazie, et… 4.500 Juifs ayant fui l’Allemagne nazie ! Et la Belgique ne fait aucune distinction entre toutes ces cibles qu’elle arrête et qu’elle envoie dans ces camps français où Juifs et pronazis sont incarcérés ensemble.

Au cours de l’été 1940, après la capitulation de la Belgique et de la France, les Belges de tendance fasciste et pronazie, ainsi que de nombreux Allemands, sont libérés de ces camps français. Les opposants politiques sont quant à eux envoyés à Buchenwald ou Bergen-Belsen. A leur retour en Belgique, tous les pronazis sont accueillis en héros. Dans le Mouvement flamand, le souvenir des trains de 1940 est vivace : c’est la Belgique francophone de l’ordre ancien qui les a envoyés dans des camps.

Cette mesure de libération n’est évidemment pas étendue aux Juifs arrêtés en Belgique : ils sont ballotés d’un camp à l’autre et, entre 1942 et 1944, ils sont envoyés au camp de rassemblement de Drancy près de Paris pour être déportés à Auschwitz-Birkenau, où l’extermination de masse bat son plein. « En réalité, ils sont parmi les premiers que les Allemands déportent de France », souligne Herman Van Goethem. « Ces Juifs de Belgique internés dans les camps du sud de la France constituent la première réserve pour former des convois de déportés vers Auschwitz-Birkenau ». Leur destin se confond avec celui des Juifs qui ont fui la Belgique en 1940-1942, dans l’espoir d’échapper à leur sort, pour se réfugier en Suisse ou dans d’autres pays. Au total, depuis mai 1940, 10.000 Juifs provenant de Belgique ont abouti en France.

Entre 1942 et 1944, quelque 5.700 d’entre eux ont été déportés de Drancy, et environ 150 à partir d’autres camps d’internement. Pratiquement personne n’en est revenu vivant en 1945. Leurs noms ont été oubliés, leur visage s’est estompé. « Cet épisode peu connu est un véritable scandale, car l’Etat belge a arrêté des innocents dont le profil n’avait absolument rien à voir avec ceux qui pouvaient être à juste titre considérés comme un danger pour la sécurité du pays », déplore Herman Van Goethem.

Drancy-Auschwitz 1942-1944. Juifs de Belgique déportés via la France constitue la suite des quatre volumes de Mecheln-Auschwitz 1942-1944, parus en 2008. Dans ces quatre volumes, on retrouvait 18.522 portraits de Juifs et Tsiganes, déportés entre 1942 et 1944 de la caserne Dossin à Malines. Drancy-Auschwitz 1942-1944, quant à lui, retrace le sort de ces déportés juifs depuis mai 1940. Ce livre restitue à ces déportés leur histoire, leurs noms, leurs portraits. Dans cet ouvrage, les chercheurs de Kazerne Dossin publient 4.177 photos de ces déportés. La publication se termine par une liste détaillée de noms. Ces photos proviennent principalement des dossiers de la police belge des étrangers, car à la différence d’autres pays, 93% des Juifs de Belgique sont étrangers.

]]>