Petite analyse sémantique d’un mot qui, par sa force et ses connotations fait l’objet de bien des controverses.
«Islamo-fascisme » : jusqu’il y a peu, le terme était assez peu utilisé et surtout par la droite nationaliste. Mais, le 15 de ce mois, en réaction aux attentats de Copenhague, le 1er ministre français, Manuel Valls l’a en quelque sorte « légitimé » dans une interview :
« Ces assassins, a-t-il asséné, sont des membres d’un courant politique précis : l’islamo-fascisme ». Pour autant, l’expression convient-elle bien aux tueurs de Daesh ou d’Al Quaïda ?
« Fascisme » : D’un point de vue historique, son usage n’a pas de sens. Ce mouvement politique antidémocratique, autoritaire et brutal correspond à un lieu et une période précise : il a pris le pouvoir en Italie en 1922 par un coup de force de son chef, Benito Mussolini et a disparu avec lui en 1945
De même, l’idéologie fasciste (totalitarisme, corporatisme, dirigisme économique, culte du chef, etc.) ne correspond pas sous tous ses aspects à celle, fondamentalement religieuse des islamistes.
Mais de nos jours, on entend surtout par « fasciste » tout mouvement, organisation ou personne qui rejette les valeurs démocratiques, (droit de vote, liberté de pensée, égalité des sexes…) et entend imposer ses idées par la force brutale.
Utilisée de la sorte, le vocable fait sens et correspond tout à fait aux intégristes islamistes où qu’ils sévissent.
« Islamo » : précisément, si ce sont bien des fascistes, peut-on dire que les Merah, Nemmouche et autres Koulibaly sont des adeptes de l’Islam ? Souvent, la réponse d’autres musulmans est négative : « Ces tueurs n’ont rien à voir avec l’islam, religion de paix ».
Ce qui est faux. Il serait plus exact d’affirmer : « Ces tueurs n’ont rien à voir avec la majorité des musulmans pour qui l’islam est une religion en paix » Mais prétendre que Daesh ou Al Quaïda n’ont rien à voir avec l’islam, n’a guère de sens.
« C’est, ainsi que l’explique le député socialiste français Jean Glavany, comme affirmer que le Tour de France n’a rien à voir avec le dopage ou le football avec le hooliganisme ». En fait, toutes les mythologies basées sur un Dieu unique fournissent à leurs extrémistes de quoi justifier n’importe quel crime.
Plusieurs versets du Coran poussent au carnage des infidèles. La Bible contient nombre de passages incitant au massacre des païens. Et le Nouveau Testament, qui ne prône jamais la force, a quand même été utilisé par ses fous de Dieu pour justifier tueries et exterminations
Là comme ailleurs, tout repose sur les rapports de force. Quand l’État est faible ou quand il sympathise avec les intégristes, ceux-ci agissent avec de plus en plus de violence pour imposer leur interprétation de la foi.
C’est ce dont s’aperçoivent, mais un peu tard, la plupart des pays arabes – ou musulmans, comme le Pakistan- qui sont bel et bien confrontés à un « islamo-fascisme ». Mais, il convient aussi de préciser, comme l’a fait M. Valls dans son discours :
« De même, existe-t-il un courant intégriste et fascisant dans la chrétienté ou un courant judéo-fasciste au sein du judaïsme ». Une réalité peu contestable comme on l’a vu, il n’y a pas si longtemps en ex-Yougoslavie.
Qui ne se souvient que chrétiens orthodoxes serbes et catholiques croates s’entretuaient avec ardeur tout en massacrant les musulmans de Bosnie ? De même, qui ne voit que le « judéo-fascisme » progresse en Israël ?
Les ultra-orthodoxes y manifestent un racisme exacerbé, y compris contre d’autres Juifs et certains de leurs rabbins les plus intégristes justifient même le massacre de femmes et d’enfants, y compris des bébés en tant «qu’ennemis potentiels »
Quant aux sionistes messianiques qui sévissent en Cisjordanien ils ne valent guère mieux avec leurs vols de terres, leurs ratonnades, leurs châtiments collectifs, etc.
« Islamo-fasciste » : le terme a mauvaise presse. Non à droite où l’on n’a guère de ces pudeurs de langage. Cela fait longtemps, par exemple l’ultra-droite juive a vidé de tout sens les termes « fascistes » ou « nazis » en les accolant à ses adversaires politiques.
Mais à gauche, et surtout à l’extrême-gauche, l’expression passe mal. D’abord d’avoir été popularisée après les attentats du 11 septembre par les néos-conservateurs, Président G.W. Bush en tête dans sa « croisade » contre « l’axe du mal »
Mais surtout parce que beaucoup, à gauche de la gauche comme en son sein, ont remplacé la défunte classe ouvrière par les immigrés. Même idéalisation avec un même paternalisme empreint de culpabilité, et donc même refus de leur trouver un défaut si petit soit-il.
Qui critique leur religion est donc d’office classé comme « islamophobe », c’est à dire raciste. Une attitude qui les a souvent menés à combattre à fronts renversés : avec les intégristes contre la laïcité.
Ainsi, bien qu’ils ne s’en vantent plus guère depuis quelques temps, nombre d’entre eux s’en sont-ils pris avec virulence à Charlie Hebdo, « coupable » à leurs yeux, d’avoir publié en 2006, les caricatures de Mahomet.
De même ont-ils toujours rejeté avec dédain l’existence d’un antisémitisme culturel chez les Arabo-musulmans. Victimes de la xénophobie, ceux-ci ne sauraient faire preuve de racisme…. Au vu des récents événements, mieux vaut le dire vite.
Certes, afin d’être tout à fait clair vis à vis des musulmans, il aurait certes été préférable d’utiliser un terme comme « islamisto-fascistes » plutôt que « islamo-fascistes ». Mais, outre que le 1er « sonne » moins bien, c’est le second qui s’est popularisé.
Il faudra donc s’en contenter pour désigner les terroristes de l’islam
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