Ou « l’histoire de Rachel, 9 ans, prise en sandwichs entre des parents qui la gavent d’amour et de boulettes… », avant que la petite fille ne rencontre l’intrépide Valérie. Le tendre portrait d’une famille qui s’aime, mais ne sait comment s’y prendre. Un film rempli d’humanité et de sincérité, qui ne laissera certainement pas les parents indifférents.
C’est fin 2009 que Carine Tardieu découvre la BD de Raphaële Moussafir, Du vent dans mes mollets. Un mois plus tard, à un salon du livre de jeunesse auquel elle participe, elle tombe sur l’auteure. Les deux femmes évoquent d’emblée l’adaptation du roman au cinéma et ne se quitteront plus. « Nous sommes comme deux sœurs », confie la réalisatrice, « très différentes et très semblables à la fois. Nous partageons le même humour, quelques névroses enfantines, une affection certaine pour l’onirisme, un esprit un peu décalé. Nous avons été les mêmes petites filles angoissées, prises en sandwich entre des parents qui, voulant bien faire, faisaient tout de travers… ».
Dans le travail aussi, Carine Tardieu et Raphaële Moussafir se complètent, et la première version verra le jour en quelques mois, agrémentée de longues digressions sur les enfances et familles respectives. « Je devais m’approprier son roman tandis que Raphaële devait s’en détacher pour qu’ensemble, nous réinventions une histoire à partir de ses personnages et de nos univers communs. Le livre était par définition chronique puisqu’il était découpé en séances chez la pédopsy de Rachel. Séances au cours desquelles la petite fille nous faisait entrer dans son univers, celui de son école, de son institutrice peau de vache, de sa mémé mortifère et de ses parents défaillants. La difficulté était d’emmener le spectateur dans une histoire, une vraie, avec un début, un milieu et une fin, pour le plonger au cœur d’un parcours initiatique. Le scénario final est un pur mélange de nous deux ».
L’histoire se passe dans les années 80. Rachel, 9 ans, n’a pas la vie facile, alors que ses parents seraient prêts à tout pour son bonheur. Littéralement hantée par la mort pour dormir avec sa grand-mère dans une chambre couverte de photos de défunts, pour avoir un père obsédé par la Shoah, et une mère terrorisée à l’idée qu’il lui arrive quelque chose, cette petite fille a comme rêve le plus fou de faire partie du Club des Barbies ! Comme sa nouvelle copine, Valérie, une petite rigolote et pleine d’entrain, qu’elle rencontre… à temps.
Constructeur de cuisine, le papa de Rachel (Denis Podalydes) profitera de l’occasion pour rencontrer Catherine, la maman de Valérie (Isabelle Carré), jolie maman célibataire, plus folle et plus disponible que Colette, sa propre femme (Agnès Jaoui), ophtalmologue et parfaite « mère juive ». Tout un petit monde qui ne va pas bien, qui fuit en avant, par peur de se retourner, et qui prend conscience que les choses ne tournent pas si rond en découvrant la vie des autres.
Humour et délicatesse
Les personnages sont uniques, souvent cocasses, comme la psy de Rachel, la mystérieuse Mme Trebla (Isabella Rossellini), une écoute inespérée pour la petite fille. Un intérêt pour la psychanalyse que l’on retrouvait dans La tête de maman (avec Karin Viard), le premier long métrage de Carine Tardieu. « J’ai passé quelques années sur le divan », confie la réalisatrice, « alors c’est vrai, j’aime user de quelques métaphores bien signifiantes ! Faire dormir Rachel avec son cartable sur le dos raconte, entre autres, le poids des maux qu’elle se trimballe et dont elle va devoir se libérer pour déployer ses ailes… ».
La famille de Rachel est étouffante, la maman de Valérie trop permissive. Leur rencontre apporte un véritable bol d’air à la première, dévastée par le train-train. « Colette, la maman de Rachel, veut sauver le monde. Elle s’investit dans toutes les causes humanitaires possibles, mais concernant sa propre famille, elle est totalement à côté de la plaque », explique Carine Tardieu. « Elle prend tout de même la peine d’amener sa fille chez une pédopsy… mais au fond, c’est elle qui a besoin d’être sauvée… ».
La réalisatrice admet faire peser sur les enfants une lourde responsabilité : « Ce sont les enfants qui insufflent la vie à leurs parents et qui, à un moment donné, leur signifient plus ou moins consciemment : « Faites votre vie, vous m’étouffez. Soyez heureux, nous le serons nous aussi ». Il y a chez mes jeunes personnages un besoin vital d’émancipation : pour survivre et exister par eux-mêmes, il leur faut se détacher de leur famille ».
Si le pari d’un film mêlant humour et délicatesse est plutôt très réussi, on appréciera ou non les scènes oniriques représentant l’ombre de la Shoah qui plane sur Rachel et sa famille. Des images « vues par un enfant, dans toute sa naïveté », précise Carine Tardieu, qui pourraient déconcerter de prime abord celui qui ignore que l’auteure du roman initial Raphaële Moussafir comme la réalisatrice sont très au fait du sujet. On tentera toutefois de comprendre comment le père de Rachel, déporté enfant, est parvenu à sortir des camps…
On n’en dira pas plus sur l’explication du titre pour ne pas dévoiler aux spectateurs la fin de ce film très émouvant, drôle, étonnant, sans jugement. On gardera en mémoire l’excellent jeu d’acteurs, la présence surtout de Rachel et de son amie Valérie, deux petites filles incroyablement justes dans cette première interprétation. Quand un enfant aide ses parents à devenir adultes.
* Carine Tardieu est aussi l’auteure du livre jeunesse Des poules et des gâteaux, Actes Sud Junior, « Cadet », 2010 (le récit d’un garçon de 11 ans, juif laïque français, et de ses difficultés à recevoir cet héritage culturel).
« Du vent dans mes mollets », de Carine Tardieu
France – 2012 – 89’
Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydes, Isabelle Carré, Isabella Rossellini…
Sortie en Belgique : 22 août 2012
]]>