Où l’on découvre qu’Israël a trouvé un moyen aussi original qu’efficace pour éradiquer la prostitution. Et, comme toujours, la version audio en yiddish se trouve en haut à droite du texte.
Grande nouveauté : le gouvernement israélien a décidé de taxer aussi les femmes de mauvaise vie. Une prostituée se présente donc au bureau des contributions et tombe sur un fonctionnaire religieux…
-Je suis bien au bureau des contributions ?
-Non, à l’abattoir !
-Sans blague? Je peux m’asseoir ?
-Où, chez moi ?
-Est-ce que je sais ? On m’a dit de venir chez vous, alors me voici.
-Asseyez-vous.
-Merci.
-Montrez-moi vos documents, merci. Bien, voyons de quoi il s’agit. Comment vous appelez-vous ?
-Libeskind.
-Libeskind, bien, quel âge avez-vous ?
-Combien me donnez-vous ?
-Vous donner ! Vous en avez déjà assez ! Bon, vous êtes née…
-Oui.
-Une fois encore, Madame, vous êtes née…
-Non, je suis tombée du ciel !
-Pourquoi vous énervez-vous ? je ne fais que contrôler votre identité.
-Me contrôler, on ne fait que cela. Je me fais déjà contrôler trois fois par semaine.
-Oh, mon Dieu, trois fois par semaine ?
-Eh oui. Est-ce de ma faute si on me punit avec cette affaire ?
-Quelle affaire ?
-Je travaille pour les besoins publics.
-Je ne comprends rien. Soyez plus claire, que je puisse comprendre. Pour les besoins publics ?
-Je suis une…euh…prosti…chose.
-Une prosti…quoi ?
-Dites-moi, Monsieur le gratte-papier, pourquoi suis-je avec vous ? On n’aurait pas pu mettre un autre fonctionnaire sur mon affaire ?
-Calmez-vous, Madame, je finirai bien par me débrouiller avec vous. J’ai déjà eu à faire à de plus grosses affaires que vous et je me suis aussi débrouillé. Lorsque je vous pose des questions, répondez-moi clairement ! Que je comprenne, sans détours ! Prosti….chose, qu’est-ce que cela ?
-C’est…je tourne en rond, vous comprenez ?
-Vous n’êtes pas la seule, tous ceux qui viennent ici tournent en rond.
-Eh oui, c’est pour ça que j’ai tellement de concurrence. Et vous, en plus, vous voulez être mes associés !
-Ecoutez, chère Madame, je ne sais même pas quels sont vos revenus et vous ne savez pas encore combien vous allez devoir payer. Pourquoi me parlez-vous d’association ? Est-ce que votre affaire rapporte ?
-Je souhaite à tous mes ennemis d’avoir à gagner leur vie de cette manière !
-Cette histoire là, je l’ai déjà aussi entendue. Mais, voyons un peu quelle est la nature de votre affaire ? Qui sait, peut-être que ce sera moi qui devrai vous payer ?
-Avec plaisir, donnez ! Regardez…
-Mais arrêtez, c’est dégoûtant ! Allez, laissez, ne commencez pas avec moi ! Où avez-vous votre affaire ?
-A Tel-Aviv et à Jaffa.
-Quoi, vous avez deux affaires ?
-Non.
-Ah, je comprends : à Tel-Aviv vous avez votre affaire principale et à Jaffa, la succursale.
-Soyez gentil, envoyez-moi un autre fonctionnaire. Ca fait déja quinze minutes que je vous parle et vous êtes encore dans le noir !
-Madame, faites bien attention à votre langage, n’oubliez pas où vous vous trouvez. Vous êtes dans un ministère ici ! Il ne fait pas sombre ici, il fait clair, non ? Je vois que j’ai affaire à une forte tête. Je ne sais toujours pas quel est votre emploi, dites-moi de quoi il s’agit.
-De marchandise vivante.
-Des volailles?
-Non.
-Du poisson ?
-Parfois, j’attrape un brochet qui a une tête de carpe. Je l’écaille et il sort tout dépouillé.
-Je ne comprends toujours rien. On écaille, on dépouille…Parlez clairement, comme moi, je n’ai pas de patience, soyez claire !
-Clair, c’est clair !
-Voilà !
-Je vais donc m’étaler sur la table devant vous.
-Alors ?
-Je vis de fêtes. Chaque nuit j’ai plusieurs mariages.
-Voilà qui est parlé ! Maintenant, je comprends. Vous avez une salle de fêtes. Des fêtes, des mariages, des bar-mitsvah, voilà une bonne affaire ! C’est une affaire comme ça que je me souhaiterais.
-Monsieur !
-De bons revenus !
-Monsieur !
-Quoi ?
-Vous ne voulez vraiment pas m’envoyer un autre fonctionnaire ?
-Mais à quoi bon, je sais déjà tout, pourquoi aurai-je besoin d’un autre fonctionnaire ?
-Vous ne savez absolument rien. J’essaye d’être délicate, j’essaye de lui expliquer par mots cachés, et lui ne comprend toujours rien, mais quel idiot ! Ca fait déjà une demi-heure que je souffre ici et il ne veut pas me lâcher. Monsieur, si vous aviez été mon client, je vous aurai mis à la porte !
-Madame, je vous le dis encore une fois : exprimez-vous autrement, vous m’entendez ? Surveillez votre langage, où croyez-vous être ? Vous parlez vraiment comme une femme de mauvaise vie.
-Ah, enfin, il a compris !
-Quoi, quoi ? Comme ça !! Allez, asseyez-vous, mais loin de moi. Madame. Vous allez me donner le détail exact de toutes vos rentrées, et ne vous attendez pas à la moindre pitié. Une femme, une femme juive avec un tel métier ! Pouah ! Pouah !
-Vous avez tout à fait raison, si j’avais été un homme avec une telle profession, j’aurais été respectée. Mais je ne suis qu’une faible femme, alors, j’ai du lever les bras et je me suis rendue.
-Si vous aviez levé les bras, ça ne m’aurait pas dérangé, mais vous les avez laissé tomber, plutôt. Vous avez cherché des revenus faciles. N’auriez vous pas pu trouver une profession plus respectable, ouvrière dans une fabrique, est-ce que je sais, vendeuse, cuisinière, femme de ménage ?
-J’ai été femme de ménage, mais là j’ai eu mille problèmes. Quand j’étais plus belle que la Madame, elle ne voulait pas de moi et quand j’étais plus moche que la Madame, c’est Monsieur qui ne voulait pas !
-Ne commencez pas avec vos histoires, elle ne voulait pas, lui ne voulait pas…Donnez moi votre bilan de cette année.
-Avec le chiffre d’affaire, c’est ainsi : d’abord, il faut enlever les journées, car le jour, l’affaire dort.
-Et quand faites-vous des affaires ,alors?
-En saison, lorsque les femmes s’en vont faire des cures. Mais, mes meilleures rentrées, je les fais avec les étudiants qui viennent d’Afrique.
-Oh mon Dieu, mon Dieu ! DesAafricains aussi ?
-Qu’est-ce qu’il y a ? Je ne suis pas raciste, moi. C’est comme ça que j’ai gagné mes quelques livres.
-Eh bien, pour ça vous aurez des impôts à payer ! Il faut payer des impôts !
-Avec grand plaisir. Cet argent ira aussi à nos soldats, ce n’est pas grave, car ils me le rendront vite.
-Oy, oy, oy ! Vous m’énervez ! Cessez donc de rire et couvrez vos genoux. Vous tenez une comptabilité ?
-Tenez, voici tous mes comptes.
-Attendez, je vais regarder. Ca me dégoûte rien que de prendre ça en mains. Qui avez-vous ici ? Shtekelberg ? Shlomo Shtekelberg ?
-Vous le connaissez ?
-Et comment ! Le cochon, chez moi, il vient pleurer qu’il n’a pas de quoi vivre ! Vous déclarez ici que vous avez gagné trois mille livres cette année.
-Oui.
-Ce qui fais donc en tout six mille livres.
-Pourquoi ?
-Pourquoi ! Parce que je rajoute les trois mille que vous avez enlevé.
-Mais Monsieur, à qui croyez-vous avoir à faire? Je suis une femme honnête.
-Je sais, vous êtes une…., une…, cessez de vous frotter le visage avec cette poudre ! Une femme honnête ! Je vous fais une ristourne de mille livres, donc il reste cinq mille et de ça, vous payerez deux mille livres.
-Deux mille livres ?
-Oui, deux mille livres !
-Qu’est-ce que vous croyez ? Que je vais travailler pour vous ? Eh bien, je ferme mon affaire, j’irai dans une fabrique, j’irai laver du linge, j’irai dans un kiboutz . Deux mille livres ! Je ne donnerai rien, à personne ! Jamais !
-Au revoir Madame. Et bien, voilà! Une de moins. Ce que la police et le gouvernement ne parviennent pas à faire, nous, nous y arriverons. Car lorsque notre ministère a décidé de ruiner une industrie, rien ne peut l’en empêcher !
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