On a beau être blasé, on reste tout de même pantois de voir avec quelle effronterie ce gouvernement ment aux Israéliens.
C’était voici près d’un an : les « Indignés » campaient dans les rues. Ils se plaignaient, pêle-mêle des logements hors de coût, des hausses de taxes, des couts abusifs imposés par quelques grands groupes sur les produits de base, etc.
B. Netanyahou avait répondu par un de ces vibrants discours dont il a le secret. Il y affirmait en résumé : « Le gouvernement ne savait pas.Tout cela est scandaleux. Nous allons réagir. Maintenant ».
De fait, quelques baisses ont ensuite été constatées, sur le prix du lait ou de l’essence par exemple. Le monopole de la téléphonie a été brisé et devinez quoi ? Les prix ont diminué. Et le reste ?, demande-t-on aujourd’hui. Réponse entortillée du Ministère des Finances : « Bien que nous soyons de géniaux gestionnaires, le budget de l’Etat a un trou de deux milliards d’euros. Et donc… ». Et donc, le gouvernement va poursuivre la même politique qu’avant : privatisations et taxes. Les réformes ? Oui, oui. Plus tard.
En attendant, où trouver l’argent ? Pas chez les riches. Une commission préconisait une nouvelle tranche d’impôt pour les gens ayant un revenu supérieur à 200.000 € par an. Abandonnée. Cela leur faisait vraiment trop de peine.
De même, pour les multinationales incitées à s’installer en Israël par de généreuses aides publiques et des impôts allégés. Avec une seule condition : réinvestir leurs bénéfices dans le pays. Sinon, elles devraient payer une taxe de 25% dessus.
Les multinationales sont venues, ont vu leurs bénéfices atteindre les 20 milliards d’euros. Et ont vaincu le fisc. Payer des impôts
pour exporter nos bénéfices ? Mais c’est du communisme !, ont-elles bramé. Ce que le gouvernement a bien dû reconnaître. Exit la taxe.
Mais si on ne prend pas aux riches, qui reste-t-il à imposer ? Voyons… Eh oui. Et ça aussi, c’est reparti comme avant : d’abord une hausse de la TVA de 16 à 17% y compris sur les aliments de base. De quoi se plaindrait-on ? C’est un impôt démocratique, s’il en fut.
Il frappe tout le monde : les classes aisées qui ne le remarquent même pas comme les pauvres qui n’arrivent déjà pas à joindre les deux bouts. Heureusement que pour aider ces derniers, les Finances envisagent aussi une baisse des allocations familiales.
Et la privatisation des services publics se poursuit à toute allure : après les routes, l’eau, la poste, c’est au tour de la santé et de l’éducation. Avec comme toujours, l’idée que cela les rendra moins bureaucratiques et donc plus efficaces.
Evidemment, elles cesseront d’être gratuites. Comment les groupes privés qui les gèreront désormais feraient-ils des bénéfices sinon ? Mais le gouvernement n’avait-il pas promis à l’époque qu’à compter de la prochaine rentrée, l’école serait gratuite à partir de trois ans ?
Il s’est mal exprimé. Il voulait dire « une de ces prochaines rentrées ». Ce n’est pas urgent : on la promet depuis 1984, cette gratuité… De nouvelles manifestations sociales de grande ampleur sont annoncées pour l’été. On se demande bien pourquoi.
Même les cimetières…
La Knesset a voté ça sans trop s’en vanter, au début de ce mois de juin : la gestion des cimetières va être ouverte au business*. C’est la seule façon que semble connaitre ce gouvernement pour régler ses soucis financiers : refiler le problème au secteur privé.
C’est que les Israéliens exagèrent aussi. Ils ne cessent de mourir alors qu’il y a déjà si peu de places dans les cimetières. Mauvaise gestion, comme toujours avec le service public. Seul un homme d’affaires peut rationnaliser et rendre rentable ce foutoir.
Le gouvernement, qui sait voir grand, a donc lancé un appel d’offres pour un nouvel espace funéraire… de 300.000 tombes, situé non loin de l’aéroport de Lod. S’il se débrouille bien, l’heureux acquéreur en tirera sans nul doute un honnête bénéfice.
De son côté, le gouvernement fera des économies. Et les morts seront enfin logés comme il faut. Tout le monde sera content. Sauf les éternels empêcheurs de libéraliser en paix. Les « belles âmes » et leurs principes désuets.
Soi disant qu’il ne serait pas moral de s’enrichir sur le dos des morts. Que ce n’est ni éthique ni humain. Comme si le progrès économique pouvait ralentir son irrésistible marche en avant pour de semblables broutilles…
Mais qu’en sera-t-il des familles démunies qui ne pourraient pas s’offrir une concession privée ?, se sont tout de même inquiétés quelques députés. Pas de souci. Le gouvernement a promis d’envisager un tarif maximal. Ah, si le gouvernement a promis…
Et si jamais -hypothèse improbable- il ne tenait pas sa parole, ce gouvernement pourrait toujours faire aux morts la même offre qu’aux vivants : des prix incomparablement plus bas s’ils s’installent en Cisjordanie…
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