Elections : Netanyahou joue… et gagne ?

Ainsi, les dés en sont jetés : sauf surprise, les Israéliens voteront ce 4 septembre 2012 pour élire leurs députés. Les sondages prédisent une élection de maréchal à l’actuel Premier ministre. Une bonne nouvelle pour lui. Beaucoup moins pour Israël.

 

Les chiffres sont sans appel : à titre personnel, Netanyahou est apprécié par 48% des Israéliens. Loin devant Shelly Yachimovich (Parti travailliste) qui n’est qu’à 15%. Avigdor Lieberman (Israël Beteinu) à 9%, ou Shaul Mofaz (Kadima) à 6%.

Même si 22% des électeurs se disent encore « sans opinion » et que la marge d’erreur est de 4,3%, il n’y a donc pas photo. Situation similaire au niveau des partis : la droite a, pour l’heure, le vent en poupe.

Selon les sondages, le Likoud est crédité de 29 à 31 sièges (27 actuellement). A l’extrême droite, Israël Beteinou varie entre 13 et 15 députés (15). Shass perd 3 sièges (8 au lieu de 11) qui sont récupérés par son ancien leader Arié Déri.

« Haatzmaout », le micro-parti d’Ehoud Barak disparait. Mais avec ses petits alliés, « Judaïsme de la Torah » (6), «  Union nationale » (2), et « Baït Hayéhudi » (2), la coalition actuelle est créditée d’au moins 61 sièges sur 120 et probablement davantage.

Dans l’opposition, on assiste à une brutale redistribution des forces : Le Meretz (gauche) passe à 4 ou 5 députés (3). Le Parti travailliste est crédité de 15 à 18 sièges. (8). Le nouveau parti centriste de Yaïr Lapid, « Yesh Atid » (« Il y a un avenir »), obtient entre 11 et 16 députés.

Tout cela aux dépens de l’actuel premier parti de la Knesset, Kadima (28 députés), qui n’obtient plus qu’entre 9 et 12 sièges. A quoi, il faut ajouter les 3 partis arabes qui pèsent un poids non négligeable (11 sièges), mais ne sont jamais invités dans aucune coalition.

Dans ces conditions, Netanyahou aurait eu bien tort de se gêner : la droite a donc déposé ce 2 mai 2012 une motion de dissolution de la Knesset. Les élections anticipées devraient, sauf surprise, se tenir le 4 septembre prochain*. 

L’actuel Premier ministre peut ainsi espérer se trouver renforcé face aux problèmes qui le menacent et qui risquaient, de toute façon, de mettre à mal l’actuelle coalition:

-Il y a l’abrogation de la « loi Tal » (qui autorisait les ultra-orthodoxes à ne pas accomplir leur service militaire). Partis religieux et partis nationalistes semblent incapables de s’accorder sur la manière de la remplacer.

-Il y a aussi le budget 2013 : la plupart des experts ne voient pas comment le gouvernement pourrait éviter de sabrer dans les dépenses sociales.

-Avant même ces décisions impopulaires, une nouvelle vague de contestation sociale s’annonçait pour l’été.

Le peuple a le droit imprescriptible de se tromper

-A quoi s’ajoutent les critiques croissantes de chefs militaires et de services secrets** contre la stratégie de B. Netanyahou.

-Sans négliger la menace d’une réélection de Barack Obama aux Etats-Unis : celui-ci pourrait alors taper du point sur la table pour obtenir des avancées sur le dossier palestinien et exiger de la modération face à l’Iran…

Gagner les élections permettrait bien sûr au Premier ministre actuel de se retrouver en position de force pour poursuivre sa politique. Ce serait très bien pour lui. Probablement aussi pour son parti.

Pour Israël, c’est beaucoup moins certain. Mais quoi ? En démocratie, le peuple est souverain. Et parmi ses prérogatives, il y a celle, imprescriptible, de se tromper. 

*A noter que, malgré de nombreuses promesses, la loi électorale n’a pas été modifiée : Israël votera  à la proportionnelle intégrale, ce qui permettra encore une fois aux petits partis, surtout religieux, de prostituer leurs voix.

**Voir à  ce sujet : «Un gouvernement médiocre, incapable et dangereux… » (http://www.cclj.be/article/2/3108)

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