« Les vivants doivent apprendre à vivre avec les morts », c’est le douloureux constat du réalisateur Gilles Paquet-Brenner, à la lecture du livre de Tatiana de Rosnay (Ed. Héloïse d’Ormesson, 2007) qu’il a choisi d’adapter à l’écran. C’est à sa famille d’origine juive, en particulier à son grand-père dénoncé par des Français et mort au début de sa déportation qu’il souhaitait rendre hommage avec ce très beau film. « Après la découverte d’un secret de famille » raconte-t-il, « une journaliste américaine installée en France va mieux appréhender l’histoire de son pays d’adoption et voir sa vie bouleversée par quelque chose qui ne la concerne pas ». Le récit explore des zones d’ombre, comme l’attitude des témoins de l’époque, les collabos mais aussi les résistants. Avec une majorité qui essaie, elle, plutôt de sauver sa peau. La famille Tezac n’a rien fait de mal mais se sent coupable. Les Dufaure deviendront eux des héros, un peu malgré eux… Il y a le poids du silence de la Shoah, qui ne laisse personne indemne. Et puis il y a cette petite clé, la clé d’une armoire qui changera le cours d’une vie.
L’approche sensible et tout en retenue de Kristin Scott Thomas en journaliste qui prépare un article sur la rafle du Vel’ d’Hiv’ contraste idéalement avec le côté bourru de Niels Arestrup dans le rôle du fermier qui recueille la petite Sarah, interprétée par une Mélusine Mayance incroyable de maturité. Enfin, c’est Aidan Quinn, le partenaire de Brad Pitt dans Légendes d’Automne, que l’on retrouvera dans un troublant face-à-face avec Kristin Scott Thomas.
Alternant entre la période 1942 et la partie contemporaine, tantôt caméra à l’épaule tantôt dans une mise en scène plus classique, Gilles Paquet-Brenner a choisi le vélodrome Jacques Anquetil de Vincennes pour jouer les scènes du Vel’ d’Hiv’. C’est aussi la première fois qu’un réalisateur filme dans le Mémorial de la Shoah. « Echapper aux chiffres et aux statistiques pour redonner un visage et une réalité à chacun de ces destins » comme l’explique un responsable sur place, était un des objectifs de Gilles Paquet-Brenner. « Le personnage de Kristin est américain et non juif. L’histoire de Sarah et de la Shoah n’est donc pas son histoire, mais elle va être touchée indirectement. Cela pourrait arriver à n’importe qui » relève-t-il encore. Quand le particulier rejoint l’universel. Un sujet délicat qu’il exploite avec toute la pudeur nécessaire.
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