La prochaine sortie en France du film 24 jours. La vérité sur l’affaire Ilan Halimi d’Alexandre Arcady ne devrait laisser personne indifférent. Rencontre avec Emilie Frèche. La co-auteure de 24 jours. La vérité sur la mort d’Ilan Halimi (éd. du Seuil, 2009) a en effet participé à l’adaptation cinématographique.
Selon vous, qu’apporte l’adaptation cinématographique du livre que vous avez coécrit avec Ruth Halimi, la mère d’Ilan Halimi ? Dans ces circonstances tragiques, le cinéma permet-il de dire les choses autrement ? L’adaptation cinématographique de notre livre va permettre l’incarnation. C’est-à-dire de donner chair à des mots. Et donc d’être au plus proche encore de ce que fut ce drame – on sait combien l’impact des images est fort et en l’espèce, tragiquement nécessaire pour prendre toute la mesure de ce que fut le calvaire d’Ilan pendant 24 jours, mais aussi de Ruth, sa maman, Didier, son papa, ses sœurs Yaëlle et Anne-Laure, sa petite amie, ses copains… Ruth Halimi, depuis le début, a souhaité que son fils ne meure pas une seconde fois, par l’oubli, et le cinéma permettra assurément de lutter contre cela. Il fera, en touchant plus de monde que la littérature, œuvre de mémoire.
Qu’en est-il de votre rôle dans cette adaptation ? Avez-vous eu votre mot à dire sur le choix des acteurs et, plus généralement, sur l’adaptation d’Alexandre Arcady ? Mon implication dans le scénario est totale puisque j’ai adapté mon livre avec la collaboration d’Alexandre Arcady et Antoine Lacomblez. Ma participation au scénario était voulue par Ruth Halimi. C’était une condition de la cession de droits. Il y a eu des discussions ensuite sur plusieurs scènes et c’était enrichissant – un travail d’équipe, de croisement de regards, de points de vue, mais toujours sous l’impulsion du metteur en scène, car un scénario reste un outil au service du réalisateur. Le choix des acteurs appartenait évidemment à Alexandre Arcady. Pour Ilan, il devait avoir l’assentiment de Ruth Halimi.
Un des enjeux du livre et peut-être plus encore du film 24 jours est de mettre en lumière le drame qui fut celui de la famille d’Ilan Halimi. Selon vous, quelle audience vise le film qui sort en France le 30 avril ? La communauté juive ou bien l’ensemble de la société ? L’antisémitisme n’est pas le problème des Juifs, c’est notre problème à tous, car lorsqu’une partie de la communauté nationale est visée, c’est l’ensemble des citoyens qui l’est à travers elle. Ce sont nos valeurs communes, celle de tolérance, de justice, de fraternité qui sont bafouées; c’est le pacte républicain sur lequel repose la possibilité d’un vivre-ensemble qui est saccagé, donc évidemment ce film ne s’adresse pas aux seuls Juifs, mais à tous. Ce serait un drame pour moi que ce film ne touche qu’une partie de la communauté nationale. Car quoi de plus universel que la souffrance d’une mère ? C’est cette souffrance-là, ces 24 jours de cauchemar que retrace le film.
Concevez-vous ces deux œuvres comme des outils de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ? Oui, bien sûr. Les livres, comme les films, précèdent toujours à de belles rencontres. J’en ai fait beaucoup déjà, notamment dans les lycées, et l’art est un outil formidable pour démonter les clichés, en finir avec la haine, réunir par l’émotion ceux qui se croyaient étrangers.
Enfin, dans le contexte difficile de ces derniers mois conduisant de nombreux Juifs à faire le choix de l’alya, n’appréhendez-vous pas la sortie du film ? Non. La sortie de ce film, et je le vois avec les insultes que je reçois chaque jour sur les réseaux sociaux, s’inscrit dans la lutte contre le racisme qui s’est durcie ces derniers temps, mais qui ne nous empêchera jamais de nommer les choses. Car, pour reprendre les mots de Albert Camus, mal les nommer, c’est ajouter au malheur du monde.
Radio Judaïca présente en avant-première
« 24 jours. La vérité sur l’affaire Ilan Halimi »
Un film de et en présence de Alexandre ARCADY
Mercredi 23 avril 2014 à 20h au cinéma Wellington à Waterloo.
Plus d’infos et réservations : 02/648.18.59 de 9h à 13h
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