Enfants cachés : « Des cicatrices jamais refermées… »

La Fédération Wallonie Bruxelles – Culture présente une remarquable exposition consacrée aux Enfants Cachés. A voir jusqu’au 28 février 2017.

Des panneaux photographiques explicatifs, bien documentés, mettant en valeur notamment les Sauveurs de l’époque aux côtés de leurs petits protégés, des photos aussi des membres du Comité de Défense des Juifs et d’Andrée Geulen, seule survivante de l’héroïque équipe… Différentes associations de la Mémoire, dont L’Enfant caché et le Centre d’éducation à la citoyenneté du CCLJ, ont apporté leur contribution à l’organisation de cette exposition qui s’est ouverte le 13 février dernier, grâce à l’investissement de la documentaliste Véronique Marchal.

Un dialogue intense

Lors du vernissage, près de 200 personnes ont pu écouter un dialogue mené par Véronique Marchal, avec Fanny Swierk, une enfant cachée et Claude Demeure, auteur du livre Mon beau navire ô ma mémoire… (éd. L’Harmattan), autour du témoignage de Fanny. Un témoignage intense, profond, qui a remué la salle, suscitant bien des souvenirs personnels et familiaux.

Fanny a évoqué les affres de sa petite enfance, les rafles, l’arrestation de sa mère en septembre 1942 alors qu’elle avait 5 ans. La famille habitait rue de Russie, 9, exploitait un salon de coiffure. Fanny trouve refuge chez des voisins, au n° 7, chez Anselme et Julienne Demeure.

« Tout a basculé, j’ai oublié jusqu’à mon nom de naissance. Des années d’angoisse, une enfance blessée, des cicatrices jamais refermées (…). Après la guerre, je me suis tue. Parler de mes souffrances, alors que d’autres drames, d’autres priorités… Et qui pouvait écouter, qui ? ».

Aujourd’hui, ses « valises » sont devenues encore plus lourdes. « Mais je n’ai pas baissé les bras. L’amour de mon entourage et ma propre volonté lui permettent aujourd’hui de continuer ». Claude Demeure, né après la guerre, raconte qu’au hasard d’un vagabondage sur le net, il a découvert que son grand-oncle Anselme avait caché une enfant juive durant toute l’Occupation.

Claude a retrouvé 70 ans plus tard une femme toujours aussi meurtrie. Cette rescapée de la Shoah, où ont disparu père et mère, lui a demandé de relater cette histoire.

Claude Demeure a tenté de se représenter ce que furent, après son arrestation, les derniers jours de Spencza Swierk, la maman de Fanny. Son départ, le 12 septembre 1942, de la Caserne Dossin pour Auschwitz. Il a imaginé son dernier voyage… et il ajoute : « A Maïdanek, le 21 avril 1998, ce fut, bien réelle et physique, la morsure du froid qui me fit participer à l’incommensurable détresse des suppliciés ».

Le dialogue s’est achevé sous les chaleureux applaudissements d’une assistance particulièrement émue. Claude Demeure à Fanny : « Ce livre, c’est pour vous que je l’ai écrit, chère Faygelè… ».

C’est un merveilleux concert de musique klezmer qui a clôturé la séance, offert par le jeune clarinettiste Georges-Lucas Ilouridze, accompagné au piano par sa maman, Marina Ksovreli.

A voir jusqu’au 28 février 2017, dans l’Atrium du Ministère de la Fédération Wallonie Bruxelles
Ouvert du lundi au vendredi 8h30-18h30.

Espace 27 Septembre, boulevard Léopold II 44, 1080 Bruxelles. 
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