Esther Hirch : La sexologie en question

La sexualité est brandie à toutes les sauces, mais les choses se complexifient dans l’intimité. Le Dr. Esther Hirch, sexologue clinicienne, privilégie une approche pluridisciplinaire, qui prend en compte l’individu dans sa globalité. Elle nous détaillera son analyse le 16 juin à 20h30 au CCLJ.

Qu’est-ce que la sexologie ? Ce domaine, regroupe des disciplines comme la médecine, la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la théologie, le droit, les somathérapies, la sexo-analyse ou l’art. D’où la nécessité d’un travail d’équipe, aux optiques complémentaires. Si la médecine traditionnelle se focalise sur la douleur, la sexologie s’intéresse au plaisir. Elle aborde d’une part les causes médicales et leurs traitements médico-chirurgicaux, et d’autre part les causes psychologiques, personnelles ou relationnelles.

Quelles sont les causes possibles d’un trouble sexuel ? La sexualité humaine est un construit psycho-affectif. Au cours de sa progression, il peut y avoir des failles et des perturbations, d’où découlent des désordres sexuels. Il y a rarement une seule explication à cela, mais plutôt un ensemble de causes, retentissant les unes sur les autres. Elles finissent par enfermer l’individu dans le cercle vicieux de l’échec. Outre les causes médicales et personnelles, on prend en compte son environnement socio-professionnel, familial et relationnel. Certains problèmes sont plus profonds et reflètent parfois une problématique inconsciente.

En quoi consiste l’approche thérapeutique ? A bien cerner la demande, à clarifier le sens et les causes multiples du désordre sexuel. Cela permettra, ensuite, de décider de la stratégie thérapeutique : médicale, cognitivo-comportementale, sexocorporelle (travail corporel), sexo-analytique (travail sur l’ima-ginaire), consultations individuelles ou de couples. Il existe aussi différents outils à exploiter en fonction de chaque personne (relaxation, hypnose, thérapie de groupe, etc.).

Comment l’évolution de la société a-t-elle influencé la sexualité ? On est passé du « tout est interdit » de l’ère victorienne du 19e siècle, au « tout est permis » de mai ’68. Aujourd’hui, « tout semble obligatoire », tant on se situe dans une tyrannie du plaisir et de la performance. Celle-ci peut induire une pathologie de la norme, là où précisément il ne faudrait pas en mettre ! D’autant que l’orgasme est devenu un objet prioritaire. Doutant de ses performances, l’homme craint de ne pas être à la hauteur de sa masculinité. Il en va de même pour la femme, qui doute de sa féminité et de sa désirabilité. On note, par ailleurs, que la sexualité des femmes se rapproche de celle des hommes, celle des jeunes de celle des moins jeunes. La révolution sexuelle a, cependant, été trop brève pour effacer des siècles de répression. Charles Gellman parle d’une « répression sexuelle indolore ». Nos vies à flux tendu, où tout est fait dans l’urgence, la soumission de la femme -apparemment libérée- à de multiples journées de travail, et l’absorption généralisée de drogues (médicaments, tabac, alcool…) ne favorisent pas le désir sexuel.

A force d’être banalisée, la sexualité perd-elle de sa complexité ? La sexualité nécessite un apprentissage. L’éducation sexuelle est donc fondamentale. Mais la surinformation finit par agir comme une désinformation. Des jeunes prennent quelquefois la pornographie pour de l’éducation sexuelle. Or elle n’a pas le même impact sur des enfants dotés d’une sécurité affective et d’une bonne information, que sur des êtres mal aimés ou fragilisés. Esther Perel a cette belle phrase : « Dis-moi comment tu as été aimé, je te dirais comment tu feras l’amour ».

La sexualité est-elle essentielle au bien-être ? Un désordre sexuel peut gravement entamer la vie personnelle, affective ou sociale d’un individu. Mais tout dépend de l’investissement qu’une personne y met. Nous avons, par ailleurs, tous des limites dans l’exercice de notre sexualité. Il n’y a pas de norme… Différentes études démontrent toutefois que le maintien d’une vie sexuelle et la vie de couple prolongent la vie de cinq à dix ans. La sexualité fait partie de la vie. Mettre une croix dessus, n’est-ce pas renoncer à une part de la vie ?

 

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