Et boum, les mollahs bombardèrent Tel Aviv…

Difficile de s’y retrouver parmi les signaux contradictoires en provenance de Téhéran. D’autant que plusieurs scénarios sont concevables. Tour d’horizon incomplet, forcement incomplet

 

C’est une vidéo si mal fichue qu’elle a dû faire sourire les amateurs de logiciels de retouche. Son contenu, par contre, est  moins amusant : intitulé « Le cauchemar des vautours », il simule la réaction militaire de l’Iran en cas d’attaque israélienne contre lui :

Des attaques de drones ou de missiles détruisent Tel Aviv, l’aéroport Ben Gourion, le réacteur nucléaire de Dimona., etc.  Avec, pour faire bonne mesure, des frappes sur le porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe persique. 

Si grotesque que soit ce clip, il n’en a pas moins été diffusé ce 7/2  sur la télévision d’Etat iranienne, accompagne de propos menaçants du Guide Suprême Ali Khamenei, le véritable maître du pays.

Le même a prononcé quelques jours plus tard un discours tout aussi virulent contre le « régime sioniste » qu’à l’égard des Etats-Unis, accusés de « vouloir faire tomber le régime s’ils le pouvaient ».

Propos similaire le 8/2 d’Ali Larijani, le président du Parlement iranien de passage à Tunis pour célébrer la nouvelle constitution du pays. Il y a affirmé qu’Israël était « un cancer qu’il fallait éradiquer »

A quoi s’ajoute la récente annonce par le ministre de la Défense  du lancement réussi de deux nouveaux missiles balistiques furtifs  de longue portée, capables d’atteindre Tel Aviv et… New York.

Suivie par celle du commandant de la marine iranienne annonçant qu’une flotte de guerre était en route vers les côtes américaines,  en riposte à la présence de la Vème flotte US aux abords de l’Iran…

 Douche froide pour ceux qui en étaient restés aux rhétoriques apaisantes du président Hassan Rohani et de son ministre des Affaires Etrangères, Mohammad Zarif.  Et alors, les discours d’ouverture vers les USA ?  Les clins d’œil aux Juifs ? Les mamours à l’Europe ?

Voici quatre mois à peine, en novembre, ces « modérés »  signaient pourtant avec les Grandes Puissances un très encourageant pré-accord sur le nucléaire. Les négociations doivent reprendre ce 18 février. Et à présent, ça….  Ils nous font quoi, à Téhéran ?

1ère réponse toute simple –mais pas nécessairement fausse : c’est le même coup qu’avec Mohammed Khatami (1997- 2005) : les durs, Khamenei en tête, jettent un os à la classe moyenne et aux jeunes en permettant  l’élection d’un  président modéré.

Ils le laissent gesticuler quelque temps puis reprennent  les choses en main. C’est l’analyse du gouvernement israélien qui estime que les mollahs ne comprennent que la force et qu’elle seule les fera plier, dans le domaine du nucléaire comme dans les autres.    
 

Pendu en tant que « ennemi de Dieu »

Autre analyse : le pouvoir est effectivement trusté par un seul camp uni par un consensus : les religieux doivent continuer seuls à détenir l’ensemble du pouvoir. Mais deux courants s’opposent sur la meilleure manière d’y parvenir :

D’un côté,  les « modérés », les pragmatiques, genre Rohani, qui veulent que « tout change afin que rien ne change » et les « durs », les conservateurs qui estiment qu’il ne faut toucher à rien de peur que tout s’effondre.

Dans ce cas de figure, la position d’Ali Khamenei est beaucoup moins forte : il n’est que le fléau de la balance et penche du côté qui pèse le plus lourd.  En ce moment du côté des durs, il y a quelques mois, vers les modérés.

3ème possibilité : le pouvoir a conscience que la situation du pays est explosive. Une majorité de la population est jeune, éduquée, lasse des archaïsmes en vigueur et excédée par les impasses économiques et politiques où elle est coincée.

Si rien n’est fait, elle pourrait très bien renverser la table et jeter la théocratie en même temps que ses très incompétents dirigeants religieux.  Pour éviter cela, le président Hassan Rohani et les siens multiplient les signes d’ouverture au dehors et au-dedans.

Pour améliorer l’essentiel, la situation économique, ils jouent la carte de la négociation avec l’Occident, le retour des investisseurs étrangers, le développement du secteur privé.  A l’intérieur, ils améliorent ce qu’ils peuvent :

Ils nomment des technocrates compétents et non plus des idéologues. Les associations d’étudiants sont à nouveau autorisées, la censure des journaux s’est relâchée, la Maison du Cinéma de Téhéran a été rouverte…

De leur côté, les durs contrôlent les forces armées et  roulent des muscles comme on l’a vu. Et comme ils « tiennent » aussi la Justice, ils persistent à vouloir effrayer la population : on continue à torturer et à tuer à tour de bras dans les prisons.

Depuis l’élection de Rohani, 300 personnes ont été exécutées.  Pparmi elles, Hashem Shaabani , 32 ans, poète, pendu le 27 janvier en tant que « ennemi de Dieu » : il avait protesté contre les mauvais traitements infligés à la minorité arabe du pays…

Autre possibilité encore : comme son prédécesseur, l’imam Khomeiny, l’actuel Guide suprême est le vrai maître de la République islamique et il crée artificiellement  des situations conflictuelles pour inciter les Occidentaux à davantage de concessions dans les prochaines négociations.

Sur le mode : si vous n’aidez pas les modérés, ce seront les durs qui vont l’emporter et vous voyez de quoi ils sont capables. Après quoi, il ne lui reste plus qu’attendre la suite les événements avec la certitude d’en sortir gagnant quoi qu’il advienne.

Il en existe sans nul doute d’autres encore tout aussi valables (ou aussi nulles). L’Iran est, comme le disait Churchill de l’URSS « un rébus drapé dans un mystère au cœur d’une énigme ».

Mais, il y a une erreur qu’il vaut mieux éviter de commettre : c’est de croire que, parce ses dirigeants ont une conception archaïque de leur religion, ce sont des idiots. Les Iraniens faisaient déjà de la politique 3.000 ans avant notre ère, au temps du royaume d’Elam…

 

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