Et dire que Facebook est une invention juive !

Après la Tunisie, l’Egypte. Où s’arrêtera le tsunami qui vient de bouleverser le paysage politique du monde arabe ? Pour la Tunisie, le retour à la liberté semble en bonne voie. Pour l’Egypte, les généraux qui ont succédé à Moubarak favoriseront-ils l’établissement de la démocratie et de la justice sociale, ou perpétueront-ils, à leur profit, le règne du régime dictatorial (élections truquées, absence de liberté d’expression, corruption) comme en Algérie ou en Iran ?

En 2005, lors d’une visite officielle en Egypte, Condoleezza Rice, la plus intelligente des secrétaires d’Etat de l’administration Bush, formule ce constat inhabituellement franc : « Depuis soixante ans, mon pays, les Etats-Unis, a recherché la stabilité au détriment de la démocratie dans cette région, ici au Moyen-Orient. Nous n’avons obtenu ni l’une ni l’autre ».

Un an après cette déclaration, Facebook s’ouvre à tous les publics. Comme beaucoup d’adultes, surtout ceux d’un certain âge, j’ai longtemps cru que les réseaux sociaux étaient des amusements d’ados. Je me souviens qu’une de mes petites-filles m’ayant mis sur Facebook, je me suis senti vaguement gêné, comme si j’étais un voyeur ou un attardé. Quand des amis m’ont dit « on a vu ton nom sur Facebook », j’ai éprouvé le besoin de présenter une justification convenable : « Oui mais moi, c’est pour avoir des nouvelles d’un petit-fils qui étudie en Amérique ».

Qui aurait cru que Facebook et Twitterallaient devenir les armes terriblement efficaces de la contestation et de la mobilisation en Tunisie et plus encore en Egypte ? On s’attendait à voir surgir les barbus intégristes, les disciples idéologisés des Frères musulmans. A leur place, les initiateurs des manifestations monstres se révèlent être des jeunes éduqués, plutôt laïques sinon occidentalisés, tel Wael Ghanim, cadre supérieur de Google, qui a constitué le réseau « Nous sommes tous des Khaled Saïd » en mémoire d’un jeune battu à mort par la police. Sur ce réseau et sur ce nom, des centaines de milliers de participants se sont inscrits. Pour lui, la tactique est empruntée à sa pratique du marketing et non au Coran ni à une version postmoderne du socialisme tiers-mondiste.

Pour Israël, le danger ne vient pas de ces jeunes gens qui ont compris que le progrès passe par l’ouverture et la laïcité. Mais on n’oubliera pas que des millions d’Egyptiens n’ont cessé tout au long de leur existence d’être exposés au bombardement médiatique dépeignant Israël comme l’envahisseur au Liban, l’assassin à Gaza, l’occupant annexionniste qui humilie dans les territoires occupés ? Lorsqu’arrivera l’heure des élections, ceux-là pourront-ils voter autrement que pour des partis qui leur promettront de régler son compte à l’entité sioniste ? Même si l’on espère que des formations moins conservatrices présenteront une autre promesse, il reste qu’Israël doit être préparé à toutes les éventualités, bonnes ou mauvaises. Pour favoriser les forces égyptiennes défendant le maintien du traité de paix, Israël pourrait d’ailleurs commencer à se forger une image plus positive. Comment ? En cessant de torpiller les initiatives de paix qu’encourage l’administration Obama. En stoppant la colonisation des territoires occupés. Sans cela, la Hasbara ne sera qu’une triste blague.

Certes, il est prudent de se demander si « la nouvelle donne égyptienne, c’est bon pour les Juifs ? », mais qu’en est-il de la question « Netanyahou, Lieberman et le Shass, c’est bon pour Israël ? ».

Hélas, non. Ni pour sa sécurité, ni pour son âme.

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