En théorie, les musulmans de France (ou de Belgique) ne devraient pas avoir à réagir à propos d’un acte terroriste commis en Egypte, à 4.000 km de chez eux, dans un pays où ils n’ont sans doute jamais mis les pieds.
Pas plus qu’un catholique français face à un attentat de l’IRA irlandaise. Ou qu’un Juif belge après le massacre commis en 1994 par Baruch Goldstein à Hébron. Et d’autant moins qu’ils ne partagent pas la conception qu’ont ces criminels de la religion, de la politique, de la vie en général.
Mais, dans le monde réel, il est souvent bon et nécessaire qu’ils décident réagir. Spécialement lorsqu’ils se trouvent en butte à des amalgames haineux, comme le sont bient trop souvent aujourd’hui les musulmans, pratiquants ou non.
Car, ils se heurtent à des gens bien résolus à ne faire aucune différence entre l’écrasante majorité des musulmans qui rejettent le terrorisme et leur minorité intégriste : « Ben Laden est musulman, tous les musulmans sont donc des Ben Laden »…
C’est une situation que, toutes choses égales par aileurs, nous Juifs, vivons aussi aujourd’hui. Que des nationalistes exaltés colonisent la Cisjordanie, qu’une poignée de rabbins délire à grand bruit et ce sont tous les Israéliens, tous les Juifs qui se voient mis à l’index.
Réagir face à cela n’est jamais aisé. C’est une guerre qui se mène sur deux fronts : à l’extérieur, face à l’ennemi et à l’intérieur de sa propre communauté où, en ces temps de crispations, on est vite catalogué « collabo » ou traître.
C’est pourtant un combat qu’il est indispensable de mener. Au nom de la conception que l’on se fait des siens et de soi même. Et en celui de ces sentiments simplement humains qu’on nomme « justice » et « compassion ».
« C’est l’islam qu’on assassine »
Voilà pourquoi nous apprécions et soutenons l’appel lancé par la revue franco-musulmane Respect Mag intitulée : « L’islam bafoué par les terroristes », En voici un extrait :
« Le meurtre de chrétiens, comme de tout être humain, est une horreur absolue. Et c’est aussi l’islam qu’on assassine en commettant ces crimes en son nom. Alors comment se taire quand on tue en votre nom ? Depuis la France, les citoyens de foi, de tradition ou de culture musulmane -ou héritiers de ces références- veulent ici dire leur indignation devant ces crimes ».
Ce texte a déjà été signé par 70 personnalités, dont une sénatrice française, des hommes politiques, des dirigeants d’organisations culturelles ou sociales, des artistes, des journalistes… Mais combien de musulmans représentent-ils, demandera-t-on. Au moins autant -et sans doute davantage- que les djihadistes de tout poil.
Et même s’ils étaient, pour l’instant, minoritaires, ils n’en ouvriraient pas moins la voie de l’honneur et de la sagesse pour les leurs. A ces démocrates engagés, donc, salut et fraternité !