Où l’on découvre que nombre de trolls* dangereux, (djihadistes, néo-nazis, etc.) sévissent depuis l’Australie. Sauf qu’en réalité, pas du tout.
Qu’il y ait sur Internet des cinglés, des débiles, des mecs dangereux, on sait. Ce qu’on ignore, par contre, c’est que beaucoup d’entre eux vivent -qui sait pourquoi ?- en Australie. Comme « Australi Witness », un Libanais installé à Perth, recruteur pour l’État islamique.
C’est lui qui, fin avril, avait incité « les frères du Texas » à attaquer un centre culturel de Garland où allait se dérouler un concours de caricatures de Mahomet. Le 3 mai, deux hommes s’y étaient rendus, avaient ouvert le feu… avant d’être immédiatement abattus par un policier.
Ou « European88 », à qui on doit, des posts comme : « Les juifs sont les pires ennemis d’Allah. Quand l’islam aura conquis l’Australie, tous les juifs seront massacrés comme les sales cafards qu’ils sont.»
Ou encore Michaël Slay, qui écrit régulièrement sur le site néo-nazi américain « Daily Stormer ». Lui est un mec plus œcuménique : il hait aussi bien les Juifs que les Arabes, les Mexicains, les Noirs, tout qui n’est pas blanc pur porc.
Un qui n’est pas mal non plus, c’est « @MoonMetropolis » qui sévit sur Twitter et prend son pied en usurpant des identités. Il s’est ainsi fait passer pour l’avocat australien Josh Bornstein. Le malheureux n’a pas compris pourquoi sa page Facebook débordait soudain d’insultes.
Puis il a appris qu’il avait écrit dans le quotidien Times of Israel un texte appelant à « l’extermination rapide et sans merci des Palestiniens » … Lequel a immédiatement été relayé par @MoonMetropolis qui parlait de «la chose la plus répugnante et tordue que j’aie jamais lue.
Le même a aussi ouvert un faux compte Twitter au nom d’une militante féministe australienne qu’il a présenté comme une prostituée et à laquelle il faisait tenir des remarques haineuses sur les transsexuels. Amusant, non ?
Comme il y a tout de même une justice, « Australi Witness » s’est fait prendre de manière assez stupide après avoir discuté des mois durant avec un djihadiste américain à qui il a fini par suggérer de passer à l’action lors de la commémoration des attentats du 11 Septembre 2001.
«On pourrait faire des bombes artisanales avec des tuyaux et les faire exploser là où tu habites,à Kansas City ». Et, comme le djihadiste américain ne savait pas trop comment s’y prendre, « Australi Witness » l’a gentiment aidé.
Fin aout, il lui a longuement expliqué comment préparer une casserole explosive bourrée de clous et de boulons trempé au préalable dans de la mort-aux-rats, un remake des bombes utilisées par les frères Tsarnaev lors du marathon de Boston (avril 2013)
Provocation ? Haine de soi ? Simple imbécillité ?
« Australi Witness » avait aussi envoyé un mail à la BBC (l’Australie fait partie du Commonwealth) : « Je voudrais vous faire savoir que le 11 septembre prochain, une bombe explosera dans une grande ville du Midwest des États-Unis. »
Hélas pour lui, sa débordante imagination n’allait pas jusqu’à envisager que son ami de Kansas City puisse être un informateur du FBI. Lequel s’est immédiatement mis en chasse avec l’aide de la police australienne.
Les agents fédéraux ont assez vite remonté la piste et, dès le 20 aout, ils avaient mis sous surveillance l’appartement du Libanais. Mais sans pouvoir intervenir : comme l’homme ne sortait jamais de chez lui, ils n’étaient pas certains de sa présence.
Ils ont fini par lancer l’assaut début septembre. Sauf que le dit appartement ne se trouvait absolument pas en Australie mais bien à Orange Park, dans la banlieue de Jacksonville, en Floride ! Et que l’homme n’était nullement libanais
En fait, il s’agissait d’un adolescent juif de 20 ans, Joshua Ryne Goldberg, un « geek » (cinglé d’informatique) qui passait la majeure partie de son temps enfermé dans sa chambre face à l’écran de son ordinateur.
Dans la foulée, le FBI a découvert que, bien qu’il n’ait jamais mis les pieds en Australie, c’était lui qui sévissait sous tous les pseudonymes cités plus haut (« European88 », Michaël Slay, @MoonMetropolis …) et bien d’autres.
Ce qui amené un des enquêteurs à expliquer aux parents abasourdis, que leur fils était un « troll classique du Web, mais un troll manifestement sophistiqué » Le genre de compliment dont les malheureux, qui n’étaient au courant de rien, se seraient sans nul doute bien passé.
Mais pourquoi ce jeune Juif tenait-il tant à se faire passer pour un djihadiste ou un nazi, ennemis avérés de son peuple ? Provocation ? Haine de soi ? Simple imbécillité d’un individu coupé de toute relation avec les autres ?
Le procureur chargé de l’affaire penche, lui, pour une explication plus simple : c’est « un individu très perturbé mentalement » et qui doit donc être soigné en hôpital psychiatrique. Ce qui vaudrait mieux pour J. Goldberg. Sinon, il risquerait 20 ans de prison. Minimum…
C’est en tous cas une bonne opportunité pour rappeler une des règles fondamentales d’Internet : « Ne nourrissez pas les trolls ». S’il y en a un qui sévit sur les sites que vous fréquentez, (il y en a parfois chez nous) ne vous énervez pas sur lui, ne lui répondez pas.
C’est ce qu’il attend et il continuera juste pour le plaisir débile de voir jusqu’où il peut vous pousser. Ignorez-le jusqu’à ce que la modération vous en débarrasse.
*Troll : initialement, il s’agit d’un personnage des mythologies scandinaves, comme les Ogres ou les Géants. L’auteur du Hobbit et du Seigneur des anneaux, J.R.R. Tolkien les a popularisés dans ses livres comme des êtres gigantesques, méchants et particulièrement idiots.
Sur Internet, un troll est une personne postant des textes destinés à provoquer les autres internautes et polluer un débat.
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