Et si l’on avait eu tort de dénoncer le sondage UEJF-SOS Racisme ?

Un sondage pour enflammer la toile. Un sondage pour confirmer le climat puant du moment, les Juifs attaqués de toutes parts, l’antisémitisme dans toutes les têtes et dans toutes les bouches. Et désormais, puisqu’il est réel, plus seulement théorique, mais bien réel cet antisémitisme, voilà les sondeurs qui le transforment en objet d’études, sur panel, afin de traduire cette « réalité en chiffres ».

Nous vivons dans un monde de chiffres, il faut des indicateurs. Des indicateurs pour comprendre les « tendances » et l’air du temps ? En hausse, en baisse le sentiment antisémite ? Cela vous choque peut-être, mais récolter ces données est un travail précieux. Pourtant, tout le monde s’emballe…

Que dit, au juste, le sondage ? Ce qui suit et que l’on subodorait : dix ans après l’assassinat effroyable d’Ilan Halimi, 31% des personnes interrogées estiment que « les Juifs sont plus riches que la moyenne des Français », 32% pensent « que les Juifs utilisent, dans leur propre intérêt, le statut de victimes du génocide nazi », 25% que « les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias » (24% pour ce qui est de l’économie). En clair, rien de nouveau sous le soleil. Une partie des sondés partagent sans sourciller des poncifs conduisant à la haine des Juifs, du quart au tiers, cela varie.

Pourquoi ce sondage pose-t-il problème ? Aux yeux de l’opinion, l’étude Ifop commandée, rappelons-le, par SOS Racisme et l’UEJF, serait problématique, car exprimée en des termes racistes, antisémites. C’est évidemment vrai. Et plutôt logique. Au risque de vous choquer, on pourrait même dire que c’est la norme en pareils cas. Que font les sondeurs ? Pour obtenir de véritables réponses, ils formulent des propositions fortes, quitte à valider (du moins en apparence) des propos nauséabonds, populistes, racistes, antisémites. Mais ne nous trompons surtout pas sur l’objectif d’un sondage. Ce dernier doit permettre de savoir ce qu’un groupe donné pense sur un sujet précis, rien de plus. Il n’est certainement pas question de juger la teneur des propos exprimés par ce groupe. Ce n’est d’ailleurs pas le travail du sondeur qui recueille simplement l’info. Il s’agit plutôt de la fonction d’analyse, en somme, le travail d’une autre catégorie de chercheurs : les sociologues, les spécialistes.

Je m’étonne de voir mes contemporains, parmi lesquelles d’éminents auteurs, journalistes, camarades de luttes et/ou amis s’en offusquer. J’ai comme l’impression que tout ce petit monde joue à l’oie blanche. L’emballement est stupide. Il participe d’une pensée au ras des pâquerettes, débitée à l’emporte-pièce. Ce qui devrait choquer, ce ne sont pas les termes du sondage, mais bien ses résultats ! Ce qui devrait nous faire réfléchir, ce sont les moyens d’inverser la tendance, durablement et efficacement. Gaspillons notre salive, notre énergie et nos tweets à percer ce mystère-là. Cela vaut certainement mieux que de crier avec les loups, en meute…

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