Et si on boycottait la « Semaine contre l’apartheid israélien » ?

Le boycott contre Israël n’a jamais été productif, tout le monde le sait. Lorsqu’il vise les milieux universitaires israéliens en appelant à la suspension des collaborations internationales, il a plutôt même pour effet de briser l’élan des milieux les plus propices au dialogue. Avec bien d’autres soucis, la « Semaine mondiale contre l’apartheid israélien » vient de débuter. Toujours aussi outrancière.

La « Semaine contre l’apartheid israélien » se déroule en ce mois de mars dans plus de 40 villes du monde, « un nombre en constante augmentation » se réjouit le site internet brussels.apartheidweek.org qui à défaut de renseigner sur les événements qui y sont liés dans notre capitale, informe au moins de tous les points de contacts régionaux (Palestine, monde arabe, Turquie, Grande Bretagne, Europe, Côte est et Ouest des Etats-Unis, Canada, Afrique du Sud et Australie).

Aux quatre coins de la planète donc, dans les villes et sur les campus universitaires, conférences, documentaires (Jaffa, la mécanique de l’orange, Occupation 101…), témoignages, débats, festivals de films palestiniens, activisme anti-sioniste, lectures de résistants palestiniens et campagnes de soutien sont organisés pour « faire connaître le système d’apartheid sur lequel est fondé Israël et bâtir des campagnes de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qui s’inscrivent dans le mouvement international grandissant de BDS ». « La Semaine contre l’apartheid israélien se déroule dans la foulée des attaques barbares commises par Israël contre la population de Gaza », précise le site.

Les habitués des mailings auront probablement reçu en réaction la vidéo diffusée par l’organisation NGO monitor qui s’est fixé pour objectif de « mettre à disposition tous les documents permettant de réfuter clairement les arguments des détracteurs qui tentent de faire de l’Etat juif un démon ».

Réalisé par Europe-Israël.org, le document tente de déconstruire tout le propos de ces mouvements radicaux appelant régulièrement au boycott des produits israéliens. L’apartheid ? « Tentons la comparaison entre le sort des Arabes israéliens et les lois sévissant en Afrique du Sud dans les années 50 et vous verrez qu’il n’en est rien. C’est même carrément tout le contraire », clame l’organisation. Laquelle s’appuie sur un sondage montrant que dans le cadre de la création d’un futur Etat palestinien, une majorité des Palestiniens disent vouloir être plutôt des citoyens israéliens. Etonnant…

On peut sourire vraiment, à la vision d’un document aussi naïf et bon enfant qui laisserait croire qu’Arabes et Juifs vivent pour le mieux dans le meilleur des mondes, laissant même la possibilité à une femme arabe de devenir chirurgien dans un hôpital israélien, à une autre de devenir Miss Israël, à une autre encore de se présenter à l’Eurovision ou à un Arabe d’être capitaine de l’équipe de football nationale ou général à l’armée.

Incompréhension mutuelle

Il serait tout à fait indécent de parler d’apartheid, comme il l’est de tout autre vocable utilisé à dessein dans ce conflit qui fait entretenir par beaucoup la confusion des genres, lançant à tort et à travers des « génocide », « nazis » ou « Shoah palestinienne » sans savoir visiblement de quoi ils parlent.

Mais si on ne peut l’accepter, peut-on ignorer toutefois les conditions de vie très peu enviables des Palestiniens ? Peut-on nier qu’il reste très difficile voir impossible pour une famille arabe israélienne de trouver un logement dans un immeuble juif ? Que dans des villes « mixtes » comme Jaffa, Juifs et Arabes vivent en parfaite… séparation, chacun reprochant à l’autre les droits dont il pourrait bénéficier ? Avec un peu moins de droits pour les Arabes, il faut bien le reconnaître…

La frustration des Arabes en Israël reste grande, et la politique du gouvernement actuel ne fait malheureusement rien pour arranger les choses. Mais une « Semaine contre l’apartheid israélien » n’a pour seul effet que d’alimenter un peu plus encore cette incompréhension de part et d’autre, en décrédibilisant son action de sensibilisation par l’utilisation d’une terminologie inadéquate.

Dans la seconde partie de son document, Europe-Israël.org retourne l’accusation en dénonçant l’éducation à la haine des enfants palestiniens et la participation au financement de celle-ci par les contribuables européens. Il termine en citant Mahmoud Abbas qui a déclaré fin 2010 qu’un Etat palestinien aux côtés d’Israël serait « judenrein ». « N’est-ce pas cela l’apartheid ? » conclut la voix off, présentant les territoires palestiniens aux côtés de l’Afrique du Sud. On aurait espéré une conclusion moins facile.

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