Etre juif sur Twitter, un combat ?

Dieudonné partout, sur toutes les lèvres. Vous avez tout lu sur la quenelle, vous savez désormais ce qu’il en est du business de la haine entretenu par l’ex-humoriste, cette petite entreprise très rentable… Plus que les tréfonds d’un esprit ayant glissé vers le côté obscur, ce qui mérite d’être décrypté est la manière dont des Juifs, « visibles » ou non, sont désormais les victimes d’un antisémitisme décomplexé que l’opinion croyait disparu.

Une fois n’est pas coutume, je vais évoquer mon cas personnel. Cela fait plusieurs années que j’écris sur Nabe, Soral et Dieudonné, et plus largement sur tout ce qu’Internet peut véhiculer comme thèses racistes et antisémites. Très vite, j’ai eu droit à des représailles : des e-mails haineux, des tweets insultants, mon visage affiché en gros plan sur des blogs, des articles crétins sur l’homme que je suis, les journaux dans lesquels j’écris, les amis que j’ai. Tout cela est regrettable, mais c’est ainsi. On n’écrit pas sur les égouts de la pensée comme on critique les sorties cinéma. L’exercice est plus sale, forcément…

Explosion du phénomène de la quenelle oblige, j’ai récemment repris la plume pour écrire sur ce que je connais désormais bien, critiquant par exemple, dans les colonnes de Rue89, le journaliste Frédéric Taddeï qui a trop souvent servi d’hôte aux anti-républicains cités plus haut. Mon point de vue a été partagé sur les réseaux sociaux, puis cité dans les médias. Et voilà que depuis quelques semaines, pas un jour ne passe sans que je me réveille accompagné de dizaines de messages inquiétants. Je serais un « sale sioniste », « un assassin de Palestiniens », un agent du grand Satan. Ma « tribu » contrôlerait les médias, les banques et, plus largement, le système…

En ce moment, selon la thèse chère à Sartre, je me retrouve donc (sale) juif du fait du regard de l’Autre. Et force est de constater que je ne suis pas le seul à vivre ce rappel quotidien à mes origines. Excédées, sur Twitter, elles sont de plus en plus nombreuses les stars du showbiz à « partager » toutes les insultes racistes qu’elles reçoivent. Lorsqu’on découvre le traitement réservé à des amuseurs comme Arthur, Michaël Youn ou
Dominique Farrugia, des torrents d’insultes infâmes, c’est la stupeur. Que se passe-t-il en France ? Faudrait-il reprendre les habits de l’israélite, faire profil bas ? Certainement pas. Plutôt que de se cacher, il faut se montrer, continuer à exister. Faire comprendre ce que signifie être juif en 2014, dans une France qui à la fois comprend mieux l’Autre, mais qui dans le même temps se recroqueville, se crispe, redevient médisante, voire haineuse. Internet montre bien tout cela, comme le rappelle judicieusement le blogger Rubin Sfadj dans son dernier papier : « Une des raisons pour lesquelles l’antisémitisme vous choque tellement lorsque vous le rencontrez, c’est qu’il a soigneusement été mis sous le tapis par les lois Pleven de 1972 et Gayssot de 1990. Seulement voilà : le tapis est un peu petit pour le web ». Et de conclure : « Le web est un espace de liberté et il doit le rester. C’est peut-être celui des racistes et des antisémites, mais c’est aussi le vôtre ». Amen ! 

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