L’histoire de l’Europe occidentale s’est souvent confondue avec celle de la judéophobie. La haine manifestée à l’encontre des Juifs a pris de très nombreuses formes et connu plusieurs variantes importantes. Du simple préjugé à la persécution systématique et organisée, du contrôle social à la coercition du pouvoir, de l’injure aux contraintes vestimentaires, du pamphlet littéraire à la Shoah, les réactions d’hostilité marquée à l’encontre des Juifs, comme les très nombreux alibis pour les justifier, ont varié dans le temps et l’espace.
Cette étude n’a pas l’ambition de prétendre à la reconstruction d’une histoire exhaustive de l’antisémitisme. Elle vise davantage à faire percevoir, au travers d’exemples significatifs, les différentes formes que l’antisémitisme a revêtues au fil de l’histoire. Plutôt que de tracer l’histoire de l’antisémitisme, elle cherche à confronter l’histoire à l’antisémitisme, en montrant comment ce dernier s’adapte et réactualise sans cesse ses thèses centrales, déclinées selon des modalités historiques spécifiques. A cette fin, l’analyse se centrera sur les principales versions paradigmatiques de l’antisémitisme occidental et les variations majeures qu’elles ont connues au fil du temps et des historicités dans lesquelles elles se sont inscrites. Contrairement à ce qu’une appréhension naïve du phénomène pourrait laisser entendre, l’antisémitisme n’est pas monolithique. Certes, il se diffuse dans l’histoire avec une cohérence et une constance assez stupéfiantes, mais ses modes d’expression opératoires ne sont pas figés. Les paradigmes dominants de chaque grande période de l’histoire occidentale ont marqué de leur empreinte l’élaboration des thèses du moment.
Rupture et continuité à la fois, donc, pour un ressentiment très vif à l’égard des Juifs qui, s’amarrant à chaque grand courant émergeant, s’adapte, se transforme et se réactualise sans cesse, puisant dans les ressources intellectuelles, spirituelles ou socio-politiques ambiantes, le motif de ses nouvelles justifications.
Caricature : Edouard Drumont lance son quotidien « La Libre Parole » en avril 1882. Source : Gérard SILVAIN, Joël KOTEK, La carte postale antisémite de l’affaire Dreyfus à la Shoah, Berg International, 2005.
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