Aucun des deux n’en a vraiment envie et ils n’y ont pas davantage intérêt. Pourtant, comme on quitte un mari alcoolique, l’Europe va finir par se séparer d’un Israël drogué à la colonisation
Cela a commencé fin octobre, lorsque le nouveau gouvernement (socialiste) de la Suède a reconnu l’État de Palestine. Dans la foulée, on s’est aperçu que sept autres États (Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Chypre, Pologne, Malte et République tchèque) l’avaient déjà fait, avant leur adhésion à l’Europe, il est vrai.
Cela s’est poursuivi avec des motions –non contraignantes- de trois Parlements incitant leurs gouvernements à agir de même : la Grande-Bretagne (274 voix contre 12), l’Espagne à la quasi unanimité et l’Irlande, à la majorité absolue.
Les Parlements d’autres pays s’apprêtent à en faire autant : la France (ce 28 novembre), la Finlande, le Danemark, l’Italie… et la Belgique. Le tout résumé par cette déclaration Federica Mogherini, la nouvelle commissaire européenne aux Affaires étrangères :
« Je serais heureuse si, au terme de mon mandat (dans cinq ans.NDLA) , l’État palestinien existait. »* Pourtant, l’Europe a longtemps aimé et soutenu Israël et, même aujourd’hui, la plupart de ses dirigeants l’aiment encore…, Autant que cela leur est possible
Et on ne peut pas certes leur reprocher d’avoir manqué de patience et de compréhension avec l’État juif depuis leur dernier « coup de sang » : la « Déclaration de Venise » de… juin 1980. C’était –déjà- à cause de la politique de colonisation de la Cisjordanie.
Durant les 34 années suivantes, l’UE, comme une épouse compréhensive envers un mari alcoolique a tout tenté pour le sortir de cette addiction : la compréhension devant ses craintes sécuritaires, les cadeaux économiques, les discussions amicales…
Et aussi les appels à la raison, le soutien aux négociations avec les Palestiniens. Longtemps aussi, l’Europe s’est limitée à « regretter », « s’inquiéter », « condamner »… tant des incessants accroissements des colonies que des brutalités de l’occupation
Pourquoi alors ce changement de cap ? D’abord parce que les arguments « historiques » d’Israël ont perdu de leur pertinence. Ainsi, s’il émeut toujours, le rappel de la Shoah ne culpabilise plus les dirigeants européens, nés de la 3ème génération après la guerre
Pas plus que celui du petit Israël entouré par cent millions d’Arabes unis pour l’anéantir. Ils sont aujourd’hui 375 millions mais nul ne croit qu’ils soient capables de s’accorder sur quoi que ce soit et certainement pas pour détruire l’État juif, sinon dans leurs rêves.
Autres arguments ayant vécu : la position stratégique du pays face à l’Union soviétique et le côté « seule démocratie du Moyen Orient » : vraie dans les limites de l’Israël pré 1967, la démocratie est inexistante dans les territoires occupés.
Un processus lent mais inéluctable
De même avec l’éternelle plainte des dirigeants de Jérusalem : « il n’y a pas d’interlocuteur pour faire la paix ». Longtemps pertinent, il ne convainc plus. D’une part, parce qu’il y a eu Y. Arafat et qu’il y a encore, pour peu de temps, M. Abbas
De l’autre, même en admettant que ce soit vrai, qui peut croire que les dirigeants israéliens actuels veulent la paix alors qu’ils ne cessent de créer des « faits accomplis » dans le territoire même qui constitue l’enjeu des négociations ?
Quant aux objections ou remarques actuelles de la diplomatie israélienne, si elles ne sont certes pas toutes fausses, elles n’en restent pas moins inaudibles, balayées par les annonces de nouvelles constructions, d’agrandissements, de confiscations de terrain, etc.
Autre cause de désaffection : les opinions publiques des pays européens qui se détournent sans cesse davantage de l’État juif. Ce ne sont pas elles qui dictent la politique des gouvernements mais elles sont composées d’électeurs à l’avis desquels, comme on le voit, les élus sont sensibles
Tout cela ne va pas encore très loin et beaucoup de temps s’écoulera encore avant l’Europe ne divorce vraiment d’Israël mais le processus est engagé. Lentement mais inéluctablement –sauf si elle renonce à sa folie du « Grand Israël »- la droite israélienne se condamne à perdre l’Europe.
Mais, aveuglée par son obsession colonisatrice, cette droite ne veut voir que ce qui l’arrange. Par exemple, cette déclaration majeure : le nouveau gouvernement (conservateur) de l’Australie « ne considère plus Jérusalem-Est » comme un territoire occupé…
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