Ils sont beaucoup plus pro-colons que nombre de Juifs aux Etats-Unis ou ailleurs. Ils possèdent des lobbies plus puissants que l’AIPAC* et savent s’en servir pour défendre la politique du gouvernement israélien actuel. Mais les évangéliques pourraient changer de camp…
On croit souvent que l’AIPAC est le plus puissant allié d’Israël aux Etats-Unis et on se trompe. Non que ce lobby, à majorité juive, n’aie pas une forte influence sur le pouvoir exécutif (Président/ Gouvernement) comme sur le législatif (Représentants/Sénateurs).
Mais depuis quelques années au moins, il est distancé par un lobby encore plus puissant : le « Christians united for Israel » (CUFI). C’est ce qu’explique le pasteur John Hagee qui a fondé ce dernier en 2006 :
« Quand un membre du Congrès voit quelqu’un de l’AIPAC passer le seuil de sa porte, il sait qu’il représente au mieux cinq millions de personnes. Nous, on parle au nom de 40 millions d’électeurs.»
Le pasteur est encore modeste puisqu’on estime que les Etats Unis comptent entre 70 à 80 millions de protestants évangéliques soit plus de 25% de la population totale (314 millions). Il est vrai qu’ils ne sont pas tous engagés et qu’ils sont très divisés.
Logique : on regroupe sous le terme « évangélique » toutes les factions les plus conservatrices de chacune des branches du protestantisme : baptistes, presbytériens, épiscopaliens, pentecôtistes, etc.
Et, aux côtés du CUFI, existent, depuis les années 1980, nombre de lobbies chrétiens –parfois en union avec des organisations juives – comme la « Christian Israel Public Action Campaign » ou la « Stand for Israël, Unity Coalition for Israël ».
Ou encore, « l’International Fellowship of Christians and Jews, « l’International Christian Embassy of Jerusalem » (fondée pour soutenir le vote de la Knesset faisant de la Ville sainte la « capitale une et indivisible » d’Israël)
Tous soutiennent activement non seulement la cause d’Israël mais encore la politique de colonisation de son gouvernementet la création du « Grand Israël ». Ce que le pasteur Hagee appelle « appliquer la politique étrangère de Dieu ».
Ces lobbies récoltent aussi de l’argent afin d’aider les Juifs à s’installer en Israël. Car une de leurs croyances est que le retour sur terre de Jésus Christ ne sera possible que lorsque tous les Juifs seront revenus sur la totalité de la terre que Dieu leur a donnée.
D’autre part, les évangélistes ne cessent de faire pression sur leurs élus afin qu’ils soutiennent les positions les plus favorables à Israël. Mais, et c’est une de leur faiblesses par rapport à l’AIPAC, les évangéliques ne sont puissants qu’au sein d’un seul parti.
Les évangéliques américains aiment Israël, mais ils n’aiment pas les Juifs
Alors que l’AIPAC possède des relais chez les Républicains et les Démocrates, ce qui lui permet de peser quelle que soit la majorité, les évangéliques ne se sont investis que chez les premiers. Il est vrai qu’ils y sont tout-puissants :
Une enquête de 2004-2005 montrait que 49% des évangéliques soutenaient ou votaient pour le « Grand Old Party ». A l’inverse, bien sûr, quand un démocrate comme Barack Obama est à la Maison Blanche, ils peinent davantage à se faire entendre.
Il n’empêche, comme l’affirme Benjamin Netanyahu : « Israël n’a pas de meilleurs amis au monde que les Sionistes chrétiens ». Il l’a dit en 2008 alors qu’il était dans l’opposition et n’a pas dû changer d’opinion aujourd’hui que ses idées –et les leurs- sont au pouvoir.
Ce qui pourrait bien se modifier, par contre, c’est ce soutien lui-même. Surtout chez les nouvelles générations qui sont davantage critiques envers l’Etat juif. C’est ce qu’explique Richard Strick, un jeune pasteur évangélique** :
« Les termes de « justice » et de « paix » résonnent profondément chez nous. Se tenir du côté de l’opprimé, c’est la position chrétienne », explique-t-il. « Et les Palestiniens sont considérés comme le camp le plus faible »
« Les deux camps ont souffert. La souffrance de l’Holocauste et la souffrance de la Nakba », conclut-il. « Ces deux douleurs doivent être nommées ». Une manière de penser qui se répand de plus en plus.
C’est ce qu’on peut constater lors des réunions de la Catalyst Leadership Conference où se retrouvent chaque année 12.000 jeunes dirigeants évangéliques : les discours pro-palestiniens ne cessent d’y prendre de l’importance.
Au point que selon un dirigeant de la CUFI en 2012 : « Si rien n’est fait, dans dix ans, ce sera la fin de du soutien pro-israélien parmi les Evangélistes américains ». Et d’ici une génération, on basculera du côté inverse. »
Pour l’écrivain israélo-américain Gershom Gorenberg, ce serait aussi une sorte de « retour aux sources » pour les évangéliques dont la haine a longtemps été virulente contre le peuple qui a tué le Christ et persisté dans l’erreur après la révélation évangélique.
« Aujourd’hui encore, affirme-t-il, « les évangéliques américains aiment Israël, mais ils n’aiment pas les Juifs ». Reste que ce n’est pas tout de suite que le gouvernement de Jérusalem perdra ses « meilleurs amis » :
Selon un sondage de mars 2013, 64% de l’ensemble des Américains étaient pro-Israéliens et 12% seulement pro-Palestiniens. Mais dans 10, 20 ans ? Et gouverner, c’est prévoir, dit-on…
*AIPAC : American Israel Public Affairs Committee
**http://fr.timesofisrael.com/changement-de-perception-des-evangeliques-vis-a-vis-des-palestiniens/
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