Faire sourire un enfant à Noël, pas casher selon la loi

Depuis huit ans, des jeunes du Cclj organisent l’Opération Père Noël. Le jour de Noël, ils se rendent ainsi à l’Hôpital des Enfants Reine Fabiola pour y distribuer les cadeaux qu’ils ont récoltés et organiser des animations avec des clowns. Cette opération permet à des enfants de rompre leur isolement pour vivre ce qu’ils auraient vécu s’ils n’étaient pas malades : déballer des cadeaux dans la joie et la gaieté. De cette manière, ils font briller les lumières de Hanoucca chez des enfants injustement frappés par la douleur de la maladie.
Curieusement, cette initiative ne plaît pas à un professeur anversois de religion israélite, le rabbin Abraham Malinsky. Dans un courrier qu’il adresse à la rédaction de Regards, il explique d’abord qu’« il admire ce geste humanitaire si louable. Egayer le coeur des enfants hospitalisés est énormément important, juifs ou non juifs ». Il s’agit en fait d’un sentiment passager qui le traverse, car lorsqu’il s’interroge sur cette Opération Père Noël, son admiration fait place à des considérations déplaisantes : « Pour pareil acte, si typiquement dans l’esprit de bienveillance juive, nous empruntons un visage chrétien. Evidemment pour moult, le Père Noël n’a plus de connotations religieuses, mais à travers notre histoire certains groupes chrétiens choisissent le moment de la fête de Noël pour réaliser de petits ou grands pogroms au sein des communautés juives… ». Le pire est ensuite formulé sous la forme d’une accusation à peine voilée que les religieux adressent souvent aux Juifs laïques : « Si on oublie cette histoire, il se peut que cet oubli se venge, physiquement ou spirituellement ». Enfin, il termine en invitant les organisateurs de cette opération à poursuivre leurs efforts et à opter pour une dénomination plus « authentique » et plus « véridique : Opération Hanoucca ».
Que le rabbin Malinsky se rassure, les jeunes du Cclj n’ont jamais voulu fêter Noël. Comme l’a précisé un de ses participants, il s’agit seulement de briser la solitude d’un enfant face à la maladie lorsque toute la société fait la fête. S’il est vrai que par le passé, cette fête chrétienne fut dans certains cas l’occasion pour attaquer des foyers juifs, il faut reconnaître que ce n’est plus le cas aujourd’hui dans notre société démocratique. Ces jeunes du Cclj n’oublient pas l’histoire de leur peuple, tant ses pages glorieuses que ses pages les plus sombres. Contrairement à certains, ils ne sont pas prisonniers d’une histoire lacrymale censée les enfermer dans des schémas d’analyse où les non-Juifs sont nécessairement antisémites. Dans cette prison idéologique, les Juifs sont condamnés à se fermer complètement à l’autre et à demeurer insensibles aux problèmes qui se posent à la société. Les initiateurs de cette Opération Père Noël ont une conscience aiguë de leur identité juive, dont tout indique qu’elle s’enracine dans une compréhension juste de l’histoire juive. Par ailleurs, ils s’appuient sur des fondements typiquement juifs pour expliquer le sens de cette initiative : la célèbre maxime de Hillel le Sage : « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ?… ». C’est avec un certain malaise qu’on constate qu’un rabbin néglige à ce point ses références élémentaires censées guider sa conduite au quotidien. Son étroitesse d’esprit l’empêche de saisir l’essentiel : cette Opération Père Noël permet aux Juifs de briser les stéréotypes antisémites et de montrer le vrai visage du peuple juif, celui de la générosité.

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