Faisons un rêve…

Un titre bien en situation que celui de cette tribune* d’Alain Frachon* : sauf surprise, l’actuel gouvernement israélien va subir une déroute diplomatique à l’ONU. Ne laissant à tous ceux qui sont, comme nous, attachés à l’Etat juif que le rêve… Celui d’une alternance politique rapide, par exemple.

 
Par Alain Frachon

Dans moins de deux semaines, l’Assemblée générale de l’ONU devrait reconnaître la Palestine en tant qu’Etat. Ce n’est pas tout à fait une « première », plutôt un retour de l’histoire sur elle-même.

Le 29 novembre 1947, la même Assemblée adoptait la résolution 181 : elle créait  un Etat juif, Israël, et un Etat palestinien. Le second ne vit jamais le jour, du fait de la guerre que les pays arabes voisins déclarèrent au premier.

Soixante-quatre ans plus tard, les Palestiniens obtiendraient-ils  enfin réparation ? Pas tout à fait. Aujourd’hui, le pouvoir d’admettre un pays à l’ONU appartient au Conseil de sécurité. Les Palestiniens hésitent à solliciter cette instance, parce que les Etats-Unis sont opposés à leur initiative.

A l’Assemblée, en revanche, il suffira d’une majorité simple des 193 pays représentés pour adopter le projet de résolution palestinien. Le vote est déjà acquis. Plus de 120 Etats sont prêts à se prononcer pour le texte de Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne. (…)

M. Abbas joue prudent. Il concocte  un projet de résolution qui reprend les grandes lignes des plans américains pour régler le conflit israélo-palestinien. Il s’agit de créer un Etat dans les frontières de 1967 « aménagées », pour tenir compte des blocs d’implantations israéliennes en Cisjordanie.

Il aurait Jérusalem-Est pour capitale. Le « droit au retour » des réfugiés palestiniens serait limité, les intérêts de sécurité d’Israël respectés – bref, tout ce qui est dans les cartons des diplomates depuis plus de trente ans, mouliné jusque dans les plus petits détails.

En contrepartie, le chef du Fatah n’obtiendra pas un Etat en bonne et due forme – cette consécration-là, le Conseil de sécurité peut seul la lui donner. L’Assemblée lui accordera une amélioration du statut dont le mouvement national palestinien dispose aujourd’hui à l’ONU.

La Palestine y figurera dorénavant en tant qu’ « Etat non  membre ». C’est l’ultime étape du purgatoire avant le paradis de la vraie indépendance. Ce n’est pas rien. C’est plus qu’un symbole. Le statut d’Etat non membre donne accès à toutes les organisations du système de l’ONU.

Un geste à la Yitzhak Rabin

La Palestine pourra aller devant la Cour internationale de justice pour y faire condamner les colonies. La résolution rehaussera les moyens d’action juridiques et diplomatiques des Palestiniens; elle soulignera l’isolement politique croissant des Israéliens.

Mais, sur le terrain, rien ne changera. La Cisjordanie sera toujours sous le contrôle d’Israël, la partie orientale de Jérusalem aussi, et l’autre grand territoire palestinien, la bande de Gaza, toujours sous blocus.

L’accès de la Palestine au statut d’Etat jettera un coup de projecteur impitoyable sur les sempiternelles divisions du leadership palestinien. Quel chef pour cet Etat ? Patron du Fatah, M. Abbas ne gouverne que la Cisjordanie; Gaza est aux mains des islamistes du Hamas.

Farouchement opposé à cette initiative, le gouvernement de Benjamin Netanyahou craint une flambée de violences contre les colonies. Il dénonce une démarche unilatérale et réclame un retour aux pourparlers directs entre Israéliens et Palestiniens.

A quoi bon ? répliquent ces derniers – avec raison. Depuis les accords dits d’Oslo, rien n’est sorti de dix-huit ans de pourparlers directs entre les deux parties. Echec total qui a conduit Mahmoud Abbas, en dernier espoir, à lancer son opération ONU.

Il ne manque pas d’Israéliens haut placés pour penser que leur gouvernement devrait saisir l’occasion et voter et la résolution palestinienne. Elu travailliste, ex-ministre de la défense, Benyamin Ben Eliezer explique au New York Times :

« Si j’étais Bibi Netanyahou, je reconnaîtrais l’Etat palestinien, nous en négocierions alors les frontières et la sécurité. Sinon, ce sera encore l’immobilisme. Nous serons laissés avec un seul allié, les Etats-Unis, et même cette relation est en passe de se dégrader ».

Patriote exigeant et réfléchi, l’historien Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris, juge que l’initiative palestinienne redonne une chance à la négociation : « Une chose est de négocier avec une entité improbable, une autre avec un Etat indépendant (enfin, presque), reconnu comme tel par la communauté internationale ».

Négociant au nom d’un Etat, les Palestiniens auront plus de poids face à leurs interlocuteurs israéliens, mais aussi plus de marge pour leur faire des concessions. Un « oui » israélien à New York briserait une spirale de l’échec et de l’isolement.

Il suppose un geste à la Yitzhak Rabin reconnaissant la légitimité du mouvement national palestinien en septembre 1993. Il suppose du courage politique.

*« Faisons un rêve : un « oui » israélien à l’ONU »  http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/15/faisons-un-reve-un-oui-israelien-a-l-onu_1572746_3232.html

** Alain Frachon : ancien directeur éditorial du  « Monde », journaliste et écrivain

Titre et intertitres sont de la Rédaction

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