Faut-il boycotter Stéphane Hessel ?

Duel sous un crâne : pour ou contre Stéphane Hessel ? Coup de pointe. Parade. Feinte. Contre-feinte. Coup d’estoc. Riposte. Et à la fin de l’envoi, je touche : le vieux Monsieur a tort, mais la bêtise de ses adversaires ultras-sionistes finira par lui donner raison.

 
Stéphane Hessel, 94 ans, juif par son père, est un homme bien : ancien résistant, ancien déporté, diplomate, engagé dans toutes les grandes causes humanitaires… Oui, mais : depuis 2006, sa virulence à l’égard d’Israël n’a cessé de croître.
 
Cela en fait-il un antisémite ? Certes, non. Un antisioniste ? Oui, et il en est fier. Pire encore : il soutient « BDS » (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Oui, mais le mouvement affirme réclamer uniquement le boycott des produits issus des colonies de Cisjordanie.
 
Même qu’il ajoute : « Ce n’est pas Israël qui est visé, c’est sa politique; si la politique change, le BDS prendra fin ». Sauf que non. Il est quasi impossible de distinguer les produits israéliens de ceux des Territoires : le gouvernement actuel fait tout pour entretenir la confusion.
 
Et les partisans du boycott davantage encore : produits des colons ou israéliens (et demain, des Juifs ?), même rejet. Qui plus est, les tenants du boycott s’en prennent à tout ce qui vient de l’Etat juif. Y compris les artistes et intellectuels israéliens… qui sont en majorité contre l’occupation.
 
De toute façon, on est contre le boycott. Celui-là et tous les autres. Trop de victimes collatérales pour une efficacité douteuse. Y compris celui contre l’Afrique du Sud. Ce n’est pas le boycott, mais le combat des Noirs, à l’intérieur, qui est venu à bout de l’apartheid.
 
OK. Jamais de boycott. Même pas celui d’universitaires et d’artistes israéliens de gauche contre Ariel, une des plus importantes colonies de Cisjordanie ? Euh, on peut prendre un joker dans cet article ? Bon d’accord. On est contre celui là aussi.
 
Retour à Hessel : il a raison d’être contre les colonies. Il a tort d’être pour le boycott. Ce point établi, reste la manière des Juifs de France pour le combattre.
 
La censure, c’est simple comme un coup de fil
 
Il y a bien sûr, l’inénarrable « Bureau National de Vigilance contre l’antisémitisme » qui lui a intenté un procès. Comme à tous ceux qui lui déplaisent (et ça fait du monde). Sans jamais comprendre qu’il renforce ainsi ses ennemis. Soit en les « victimisant », soit en les médiatisant. Ou les deux à la fois.
 
A qui s’est ajouté le CRIF qu’on a déjà connu mieux inspiré – il y a longtemps, il est vrai. Voilà-t-il pas que ses dirigeants se vantent publiquement d’avoir fait annuler un débat sur le boycott auquel devait participer Stéphane Hessel ?
 
Comme ce débat devait se dérouler à la prestigieuse l’Ecole normale supérieure, il leur a suffi, assurent-ils triomphalement, d’appeler la ministre des Universités et le rectorat. La censure, c’est simple comme un (deux) coup de fil…
 
En vérité, on croirait entendre des ministres du parti « Israël Beteinou » tant ces dirigeants semblent ignorer l’impact dévastateur que de telles atteintes à la liberté d’expression suscitent dans une démocratie.
 
Et les mêmes, ensuite, s’indigneront qu’on parle d’un « lobby juif » en France… « Dégradation de l’image du judaïsme  par incompétence », ça existe, un délit pareil ? Ca devrait.
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