Faut-il interdire les partis religieux ?

La Jordanie est en passe d’exclure les partis ayant « une base religieuse, ethnique ou sectaire » du Parlement. Déni de démocratie ? En apparence, peut-être. De salut public peut-être lorsqu’on y regarde d’un peu plus près.

«Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». La redoutable formule d’Antoine Saint Just (1767-1794) est plus que jamais d’actualité au Moyen-Orient. Comme, par exemple, dans la Jordanie voisine d’Israël.  

Il faut savoir que le pays, déjà fragilisé par des divisions internes (notamment entre tribus bédouines et Palestiniens), a connu d’importantes manifestations en janvier 2011. Contre l’absolutisme royal mais surtout une corruption endémique.

Rien de comparable aux « printemps arabe », mais assez pour inciter le roi Abdallah II à engager des réformes tendant vers davantage de démocratie. Comme l’instauration d’un régime parlementaire.

C’est lors du débat engagé sur ce point qu’une majorité de députés (46 sur 83) ont adopté un amendement interdisant les partis ayant « une base religieuse, ethnique ou sectaire ». Une mesure d’évidence emplie d’arrières pensées.

Elle vise en effet directement le principal parti d’opposition, le « Front d’action islamique », une branche des  Frères musulmans. Du coup, les islamistes, qui adorent la démocratie tant qu’ils sont dans l’opposition, ont hurlé au liberticide.

C’est un des problèmes de la déclaration de St Just : son interprétation permet d’interdire qui on veut. A l’inverse, cependant, toutes les démocraties, Israël y compris, ont des lois prohibant les partis qui menacent les libertés fondamentales.

Est-ce le cas des partis religieux, qu’ils soient islamistes, juifs ou chrétiens ? A priori, oui. La  religion est, par essence, fondée sur des vérités absolues. Comment ces partis pourraient-ils dès lors s’accommoder au système politique qui repose surtout sur le compromis ?

Participent-ils néanmoins au pouvoir ? C’est pour se heurter à cette autre terrible formule de Lord Acton (1834-1902) : « Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument ».

La mollarchie iranienne est la démonstration parfaite de la seconde partie de cette phrase : dictatoriale, incapable, mettant la parole divine au service de ses excès et de ses crimes, elle s’est complètement déconsidérée et ne se maintient plus que par la violence.

Et pour la première, n’avons-nous pas l’exemple d’Israël ? N’y souffre-t-on pas depuis longtemps de l’avidité, de l’incompétence et du mépris des partis religieux pour la démocratie ?

Il y a bien sûr la Turquie, pays laïque dirigé par le « Parti de la justice et du développement » qui se revendique de l’islam et où la liberté est à peu près respectée. Sauf que ce mouvement n’a pas encore passé le test suprême : renoncer au pouvoir en cas de défaite électorale.

De même, en Egypte, en Tunisie, en Lybie, au Maroc… Partout, des partis islamiques arrivent aux affaires. Respecteront-ils les oppositions ? Ou les traiteront-ils au mieux des égarés, au pis comme des ennemis de leur dieu ?

Y aura-t-il encore des élections libres à la fin de leurs mandats ? En respecteront-ils le résultat ? Les députés jordaniens ne font-ils donc pas preuve de sagesse en refusant des mouvements qui, a priori, sont incompatibles avec la liberté ?

Encore parle-t-on ici de pays qui expérimentent pour la première fois la démocratie. Ce n’est certes pas le cas d’Israël (hors Cisjordanie, s’entend) qui la pratique depuis toujours. Cette maturité politique ne devrait-elle pas inciter la Knesset à réfléchir à cette question ?

Renvoyer les rabbins dans leurs synagogues ne serait-il pas un des meilleurs services qu’elle pourrait rendre tant aux religieux eux-mêmes qu’au peuple juif ?

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