La peur est mauvaise conseillère. Mais pas autant que l’aveuglement idéologique. Et, face à la crise égyptienne, ce sont l’une et l’autre qui semblent régir la politique de l’actuel gouvernement israélien.
Jouer systématiquement la mauvaise carte est un art dans lequel le Premier ministre israélien ne cesse de progresser. Ainsi dans la crise égyptienne : Benjamin Netanyahou a décidé de soutenir le Président Moubarak.
Cela, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse (31/1), afin de préserver la stabilité et la sécurité de la région. Or, « dans une situation de chaos, un mouvement islamiste organisé peut prendre le contrôle de l’Etat. C’est arrivé en Iran et ailleurs ».
Ce serait bien évidemment désastreux pour Israël : la fin de la paix avec le plus grand pays arabe. Les autres régimes modérés, la Jordanie et l’Arabie saoudite par exemple, déstabilisés. Les extrémistes palestiniens, renforcés…
Ce scénario est-il crédible ? Et la réaction d’Israël efficace ? Passons sur le fait que la seule démocratie du Moyen-Orient préfère les dictateurs à l’instauration de démocraties. Raison d’Etat… réalisme politique… tout ce genre de choses. Mais que peut apporter cette démarche ?
Déjà, dans le contexte actuel, l’appui de l’Etat juif au président Moubarak relève du soutien de la corde au pendu. En plus, n’est-ce pas jouer le mauvais cheval ? L’actuel Raïs égyptien, malade, âgé et déconsidéré est de toute façon fini. Au mieux, il tiendra jusqu’aux prochaines élections présidentielles de septembre.
Etre à ses côtés n’apporte donc à Israël rien sinon se mettre encore un peu plus à dos tant la classe politique que la population égyptienne. En outre, le scénario d’une prise du pouvoir par les islamistes relève -et pour un bon moment encore- du catastrophisme.
La révolte (ou la révolution) actuelle ne s’est pas faite à leur instigation. Et même s’ils pèsent lourd, ils sont loin d’obtenir une majorité en cas d’élections libres. D’autant, qu’en dernier ressort, c’est toujours l’armée qui détient les leviers de commande…
Une main gagnante… pour l’instant
Quoi qu’il en dise, ce gouvernement ne raisonne ni avec réalisme ni en fonction des intérêts supérieurs de l’Etat. Son idéologie l’aveugle. Elle l’amène à croire que le statu quo actuel non seulement peut durer, mais qu’il est à son avantage.
Une double erreur : le monde arabe est en mouvement et il ne s’arrêtera pas pour faire plaisir aux faucons israéliens. Et l’immobilisme ne joue pas en faveur d’Israël, bien au contraire.
Dans ce jeu redoutable où il n’engage rien moins que sa survie, Israël a pour l’heure une main gagnante grâce à deux atouts : sa supériorité militaire et le soutien des Etats-Unis. Mais l’un et l’autre sont en passe de s’affaiblir.
En fait, ce serait le bon moment pour lui de quitter la partie et de réaliser ses gains. Mais les extrémistes du gouvernement actuel ne l’entendent pas ainsi. Ils veulent jouer jusqu’à gagner un improbable grand chelem : le « Grand Israël » et une paix globale.
Au risque de susciter ce qu’ils veulent précisément éviter : que les régimes arabes modérés se refassent une virginité politique aux yeux de leurs peuples en affrontant à nouveau l’Etat juif. « Ceux que Jupiter veut perdre, il commence par les rendre fous » disaient les Romains. Certes, c’était un dieu goy, mais ce n‘était pas si mal vu.
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