Où il est question de la difficile relation que peut être celle d’un père et d’un fils, que tout aurait pu rapprocher et que pourtant tout éloigne. Joseph Cedar nous emmène dans les coulisses des remises de prix. Quand la concurrence académique et le besoin de reconnaissance brisent les liens d’une famille, la comédie peut devenir tragique. Un film explosif.
On connaissait Joseph Cedar, pour son incroyable Beaufort en 2007 (Ours d’argent à la 57e Berlinale, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2008). Il nous revient avec un film d’une tout autre mouture, avec Footnote, littéralement « note de bas de page », qui pourrait être un document sur les coulisses des remises de prix où tous les coups semblent permis.
Le pitch : les Shkolnik sont chercheurs de père en fils. Le premier, Eliezer Shkolnik, est un professeur puriste et misanthrope qui a toujours joué de malchance. Le second, Uriel, est lui, reconnu par ses pairs. Jusqu’au jour où le père reçoit un appel : l’académie a décidé de lui remettre le prix le plus prestigieux de sa discipline. Son désir de reconnaissance éclate au grand jour. Tout viendrait donc à point à qui sait attendre. A moins que la suite ne nous démontre le contraire…
En s’intéressant au Prix Israël, prix le plus prestigieux décerné chaque année par l’Etat d’Israël à des personnalités israéliennes ou à des organisations ayant marqué l’année d’un point de vue artistique, culturel ou scientifique, Joseph Cedar prend pour point de départ une spécificité culturelle israélienne pour aborder de façon plus large l’univers et les conditions qui entourent, partout dans le monde, ces distinctions honorifiques et le choix des lauréats. « L’inspiration pourrait être autobiographique et c’est cela qui a stimulé mon imagination : et si tout cela m’était réellement arrivé ? », confie le réalisateur. « J’ai beaucoup réfléchi à cette question d’universalité et de particularisme culturel. Je ne sais toujours pas s’il existe un juste équilibre entre les deux, parce que si l’on privilégie l’un, c’est au détriment de l’autre. J’ai tendance à travailler sur les spécificités culturelles, et j’espère que les spectateurs se reconnaîtront un peu dans cette histoire. Personnellement, je suis toujours un peu suspicieux à l’égard des films ou des livres “trop” universels… ».
Ironie mordante
Prix du scénario au dernier Festival de Cannes, nommé à l’Oscar 2012 du meilleur film en langue étrangère, Footnote offre aussi à Lior Ashkenazi un deuxième Prix du Meilleur Acteur à l’équivalent des Oscars israéliens. Très connu en Israël et célèbre chez nous pour avoir joué dans Tu marcheras sur l’eau (2004), The Bubble (2006) ou encore Hello Goodbye (2008) avec Gérard Depardieu et Fanny Ardant. L’acteur interprète brillamment Uriel, le fils Shkolnik, chercheur reconnu et jalousé par son père, qui tente de comprendre, même de réparer ce qui peut l’être. Traité à la façon d’un suspense psychologique, Footnote se nourrit de non-dits et d’images en gros plan rythmées par une musique symphonique qui vient rappeler au spectateur qu’on n’est pas là pour rire. Quoique. Humour et ironie mordante procurent à ce film une saveur à laquelle le public, juif en particulier, ne pourra rester insensible.
L’essentiel est souvent dans les petites choses, comme l’indique si bien le titre Footnote, cette « note de bas de page » qui a fait, à elle seule, la renommée d’Eliezer Schkolnik. Comme l’illustre aussi le département du Talmud de l’Université hébraïque de Jérusalem que Joseph Cedar a choisi de mettre au cœur de son histoire. « Parce que c’est un endroit incroyable », souligne le réalisateur. « C’est le plus petit département de l’Université, mais il est connu dans le monde entier pour ses méthodes sans compromis et son attitude intransigeante à l’égard de la notion même d’erreur. On m’a raconté des histoires sur ce département, ses rivalités ancestrales entre chercheurs, ses professeurs excentriques dont la mission académique prend plus de temps qu’une vie entière… Je suis tombé amoureux de ces gens ». Il conclut : « A la question “Pourquoi la concurrence académique est-elle si vicieuse”, Henry Kissinger aurait répondu : “Parce que les enjeux sont petits”. Mon film c’est un peu tout ça : une note de bas de page sur de petits enjeux ». Et il s’avère d’autant plus incontournable.
Avant-première
« Footnote » de Joseph Cedar
(107 min., hébreu)
Mercredi 30 mai 2012 à 20h
en présence du réalisateur Joseph Cedar
Bozar, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles
Réservations des places chez IMAJ : 02/344.86.69
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