Cible de choix dans la guerre cybernétique, l’Etat hébreu multiplie les initiatives pour conserver son leadership dans la cyberdéfense. Dernier exemple en date : un programme national de formation destiné aux 16-18 ans.
Samedi 6 avril 2013, veille de la journée de la Shoah, le collectif de pirates Anonymous a multiplié les attaques informatiques sur Israël. But de la manœuvre : effacer l’Etat hébreu du cyberespace. Les dégâts occasionnés ont été mineurs. Il n’empêche. Cible de plus de 1.000 cyberattaques par minute, Israël a connu ces dix-huit derniers mois des offensives cybernétiques de tous bords. Des hackers « saoudiens » ont divulgué sur la Toile plus de 20.000 cartes de crédit israéliennes, avant de pirater les sites web de la bourse de Tel-Aviv et celui de la compagnie aérienne El-Al. Des pirates « pro-palestiniens » ont pris pour cibles les sites de deux centres hospitaliers de Tel-Aviv. Enfin, le collectif de pirates Anonymous a déjà sévi dans des attaques contre les sites de l’armée israélienne, du Mossad et de la sécurité intérieure (Shin Beth).
Pour autant, le pays ne reste pas les bras croisés. Selon l’enquête McAfee-SDA, co-réalisée auprès de 23 pays par l’éditeur de logiciel antivirus (propriété d’Intel) et le Think tank Security Defense Agenda (basé à Bruxelles), Israël se classe dans le top 3 mondial de la cyberdéfense, aux côtés de la Finlande et de la Suède.
Israël a agi sur plusieurs fronts. Début 2012, il a mis sur pied un bureau cybernétique national. Lors du dernier salon israélien de sécurité domestique, la direction scientifique israélienne a par ailleurs lancé le programme Kidma : un dispositif doté d’un budget de 16 millions d’euros, censé favoriser la recherche et le développement dans le domaine de la cybersécurité. Le pays a aussi renforcé la sécurisation de ses infrastructures civiles les plus stratégiques. Et testé un scénario de cyberattaque massive sur sa centrale électrique de Hadera, qui fournit 40% de l’énergie électrique du pays.
Aux futurs intercepteurs de l’Etat d’Israël
Le secteur de l’éducation n’est pas en reste. Fin décembre, au lendemain de l’opération militaire « Pilier de défense », initiée à la mi-novembre par l’armée israélienne dans la bande de Gaza en riposte aux tirs de roquettes palestiniennes sur le sud du pays, Benjamin Netanyahou a annoncé dans l’enceinte du Collège académique d’Ashkelon la mise en place d’un programme national dédié à la cyberdéfense. « Vous êtes les futurs intercepteurs de l’Etat d’Israël », a lancé le Premier ministre devant un parterre d’adolescents. Ce programme de formation à la cyberdéfense destiné à des jeunes de 16-18 ans triés sur le volet est le fruit d’un travail de longue haleine.
Lancée voilà deux ans dans le sud du pays par la Fondation Rashi, qui épaule les jeunes Israéliens des régions défavorisées, avec l’appui des services de renseignements de l’armée, cette formation pilote testée sur 200 élèves a été élargie à l’ensemble du territoire. D’ici à trois ans, 600 lycéens originaires de villes de développement situées en périphérie, comme Saint-Jean d’Acre, Kyriat Gat ou Beer Sheva, suivront ce cursus de la seconde à la terminale – à raison de 8 heures hebdomadaires.
Ce programme qui vise à entrainer les adolescents à de futurs rôles dans la guerre cybernétique menée par la communauté militaire et des renseignements s’insère dans un dispositif plus large. La formation a reçu l’aval du bureau cybernétique national israélien. Et d’autres initiatives ont vu le jour dans le monde académique, à l’instar de la création d’un cursus « cyberguerre », pour les étudiants du département de génie logiciel de l’Université technologique de Beer Sheva. Composé de onze cours dans le domaine de la gestion de la sécurité de l’information, le programme a été élaboré en concertation avec l’armée israélienne. Il est vrai que les unités cybernétiques de Tsahal restent la voie royale pour les geeks israéliens. D’autant que l’armée israélienne vient de doubler le nombre de ses recrues dans le domaine de la cyberdéfense, un domaine jugé aussi stratégique que la cyberattaque…
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